« Comment va la douleur ? » – Pascal Garnier, Zulma

Ben oui, parfois je deviens monomaniaque, Pascal Garnier, encore !

Et je ne m’en lasse pas .

comment va la douleur

 « Comment va la douleur? », comme me l’a dit Chantal, est le plus « gentil » parmi nos lectures communes de Garnier.Quand je dis « gentil » vous constatez les guillemets, faut pas pousser non plus !

Rencontre entre Bernard, 22 ans, « crétin solaire » et Simon, mercenaire et « éradicateur de nuisibles » sur la fin de tout : sa carrière, et sa vie. Rencontre à Vals-les- Bains, station thermale ardéchoise. Pascal Garnier commence son livre par le dénouement et puis nous régale ensuite des explications.

 

« […] – Moi, j’aimerais bien y être déjà à la retraite.
– Qu’est-ce que vous feriez ?
– Rien.
– Vous n’avez pas de passions, d’envies de voyages ?
– Non, je voudrais juste avoir assez d’argent pour rien faire.
– Vous finiriez par vous ennuyer.
– Je crois pas. Quand on n’a pas de boulot ni d’argent, on s’ennuie parce qu’on pense tout le temps à comment en avoir, mais quand on a de quoi, rien faire c’est tranquille.
– Vous ne lisez pas, vous n’allez pas au cinéma ?
– J’ai du mal avec les livres. Arrivé au bas d’une page, je me rappelle plus le début alors forcément j’avance pas vite. Au cinéma je m’endors à cause du noir. Et vous, qu’est-ce que vous ferez à la retraite ?
– Je ne sais pas. J’aime la mer, les bateaux. »

valsComme toujours, les portraits cruels et tendres des êtres en errance qui jalonnent l’histoire sont autant d’occasions de rire, mais toujours d’un rire un peu désespéré. La présence de Jean Ferrat aux détours de la place du marché ou des ruelles du village, clin d’œil affectueux , l’incroyable Anaïs, Fiona et Violette, Rose…quatre figures féminines qui inspirent plutôt la compassion…La douleur, la mort, la maladie, toujours ancrés dans l’oeuvre de Garnier, à travers des hommes et femmes égarés dans un monde où ils semblent inadaptés…ou c’est le monde qui ne serait pas adapté? Alors, on fait du bricolage pour que tout ça tienne debout, à peu près…Des moments de tendresse surgissent, incongrus et d’autant plus beaux. Enfin, ce mélange si réussi propre à Garnier qui fait qu’on ne s’ennuie jamais.

« Mon passé est triste, mon présent catastrophique, mais par bonheur je n’ai pas d’avenir. Ainsi se consolait-elle. »

Un mélange entre une ironie grinçante et une humanité touchante. Ainsi, il cristallise tout un caractère dans un détail, comme à deux reprises l’ongle de l’orteil de Simon, jauni, racorni, tordu, moche quoi ! Et qui gêne Simon quand il le voit…

La description des frisettes de Rose, « comme si elle s’était coiffée d’une casserole de coquillettes » ( faut y penser quand même ! ) et le bébé Violette:

« Pas facile, non, ce n’était pas facile; mais quand la main droite de Violette attrapa le pouce de son pied gauche, elle se sentit pousser des ailes. Enfin elle l’avait choppé ce con de doigt de pied et elle  allait même se le fourrer dans la bouche. Ça y était, elle était grande. »

J’ai lu ça dans la salle d’attente du dentiste hier et je riais toute seule…Moins noir que ceux dont je vous ai parlé précédemment, mais toujours aussi bien écrit.

« Le bébé est une sorte de tube ouvert aux deux extrémités. Par l’une on le remplit, par l’autre il se vide. Comme on venait de le remplir sur l’aire d’autoroute, il se vida à proximité d’Avignon. »

 

La voix de Pascal Garnier est forte et unique dans le paysage parfois bien plat de la littérature française contemporaine, mais ce n’est que mon avis ! 

Lectures d’un week-end sous un ciel gris

bambi barJe commence par ce livre, « Bambi bar », de Yves Ravey, aux éditions de Minuit, parce qu’il n’y a rien à en dire…enfin je n’ai rien à en dire. Oublié aussi vite que lu.

Ensuite, « Veuf » de Jean-Louis Fournier, publié chez Stock. Comme j’ai dit à l’amie qui me l’a prêté : « Il m’a fait pleurer comme une madeleine et sourire un peu ». Dans le style très reconnaissable de Fournier, l’histoire de la perte de l’être cher, comme on dit…Et ça commence ainsi :

« Je suis veuf. Sylvie est morte le 12 Novembre. C’est bien triste. Cette année, on n’ira pas faire les soldes ensemble. » Le ton est donné…Certains passages sont forts, comme le sac à main fouillé, comme ce désarroi de celui qui reste et qui se dit que personne ne lui tiendra la main quand lui mourra…

veufAlors, pas vraiment de quoi se tordre, mais beau livre, très touchant.

Enfin, je termine bientôt « L’embellie » de Audur Ava Olafsdottir, traduit par Catherine Eyjólfsson. J’avais parlé d’elle lors de son premier roman, « Rosa candida », petit bijou de poésie, de douceur et de délicatesse , édité chez Zulma. Je retrouve avec plaisir cette écriture sensible, où l’humour affleure souvent, mettant aux lèvres un léger sourire . Personnage quelque peu fantasque, cette jeune femme de 33 ans, qui part faire le tour de l’île ( l’Islande, donc ) , accompagnée du petit garçon de 4 ans de sa meilleure amie clouée au lit pour quelques mois. Enfant mal voyant et mal entendant, et surdoué…

l-embellieComment cette rencontre et cette cohabitaton va donner un tout autre tour à la vie que l’héroïne envisageait…Une belle histoire d’amour, en fait, entre deux êtres hors normes. Je me régale, c’est encore une fois doux, drôle, l’écriture est caressante et apaisante, enfin , elle produit cet effet sur moi, ce livre me fait du bien, et celui-ci est un coup de coeur.

P.S. : ça y est, je l’ai terminé ! A la fin, les recettes du livre, plus: un modèle de tricot…Alors si vous avez du blanc ou du steak de baleine, du thym arctique et autres aliments exotiques…Ce carnet de recettes est donné par la narratrice- héroïne, et pas par l’auteur. Avec le côté fantasque dont j’ai parlé…

Un régal du début à la fin, donc !