Quelques mots et puis « Turbulences »- David Szalay- Albin Michel/ Grandes traductions, traduit par Etienne Gomez

Bonjour tout le monde, bonjour mon petit monde…

Eh bien si, j’ai lu et beaucoup…Je suis sortie de ce temps étrange avec le sentiment de m’être bien nourrie de beaux textes – tout en faisant des efforts pour privilégier cette nourriture plutôt que celle du frigo… – Mais quelque chose a fait une différence avec mes habitudes, et ce sont les livres numériques, sur ma liseuse toute neuve. J’ai lu, mais je n’ai pas réussi à écrire. Il faut s’accoutumer. Quand je lis mes bons bouquins de papier, que je regarde la couverture, le toucher des pages, le bruit de celles -ci qui tournent, quand je me promène dans le livre, quand surtout – attention, ça va faire mal à quelques unes et quelques uns d’entre vous – quand … JE CORNE LES PAGES ! , eh bien, même si je peux faire ça avec la liseuse, et surligner et tout ça quoi, eh bien au moment d’écrire je ne m’y retrouve pas. Dans ma routine de livrophage, je ne prends jamais de notes, mais je retrouve toujours le moment du livre où j’ai lu une phrase marquante, étonnante, forte, belle, drôle, je ne souligne même pas, je retrouve. Et bien plus difficilement sur la liseuse. Il va falloir que je m’habitue, mais en bonne vieille lectrice rat de bibliothèque, qui aime le toucher sensuel du livre – ah ! s’endormir avec un livre ! – , cette expérience technologique, bien qu’agréable par certains côtés a mis à bas ma capacité à transmettre. Mais ne vous réjouissez pas trop vite, ce n’est pas définitif ! J’ai encore de belles tranches empilées sur mes étagères, et en quantité conséquente pour les mois à venir. Alors donc, je tente quand même ici en mode plus bref que d’habitude ( cette lecture date d’avril)  ma première recension numérique.

Sur ma liseuse et pour l’inaugurer, j’ai lu un très beau recueil de nouvelles, enfin ça ressemble à un recueil de nouvelles, mais c’est bien un roman, un roman décousu que la lecture recoud. J’ai beaucoup aimé ce livre et il s’agit de « Turbulences » de David Szalay

« LGW-MAD

Lorsqu’ils rentrèrent de l’hôpital, elle lui demanda s’il voulait qu’elle reste. « Non, ça ira », répondit-il.

Elle lui reposa la question plus tard dans la journée. « Je te dis que ça ira. Tu devrais rentrer. Je vais regarder les vols. »

-Tu es sûr, Jamie?

-Oui, sûr. Je vais regarder les vols. » ;Cette fois, son ordinateur portable était déjà ouvert.

Debout à la fenêtre, elle scrutait la rue d’in œil morne. Les maisons jumelées de Notting Hill et les minces arbres nus lui étaient désormais une vision familière. Arrivée depuis plus d’un mois, elle avait vécu dans l’appartement de son fils pendant qu’il était à l’hôpital. Il avait appris en janvier qu’il souffrait d’un cancer de la prostate, d’où les semaines de radiothérapie à St Mary’s.Le médecin avait dit qu’il faudrait attendre un mois avant de lui passer un scanner pour mesurer le succès du traitement.

« Il y en a un demain après-midi, vers dix-sept heures. Iberia. Gatwick-Barajas. Ça te va? »

C’est ici la première rencontre avec un des douze personnages de ce qui ressemble à des histoires courtes. On comprend ici que la femme, la mère de cette introduction au voyage est une dame âgée. La suite la décrit dans l’avion qui l’emmène à Madrid.

Mon article sera court parce que ce livre laisse une sensation assez indescriptible, il y a dans ce texte quelque chose d’ineffable, qui ne se dit ni ne s’écrit. Tout y est subtil et il y a là beaucoup d’intelligence. Ces douze personnages vont tous prendre des vols les emmenant non pas vers ce qu’on nomme pompeusement « leur destin », mais vers d’autres personnes connues, en en croisant d’autres, inconnues, avec lesquelles, par un regard, une conversation, un accident va se tisser un réseau humain. Ces lieux de rencontres, de frôlement, pourrait-on dire, ce sont les aéroports et les espaces clos de l’avion. Les turbulences des vols font écho à celles des vies de ces passagers qui se déplacent dans cette dimension « neutre » que sont le ciel, l’air, la hauteur et le ronron des moteurs; jusqu’à la secousse, le trou d’air, la perturbation qui vous agrippe aux accoudoirs.

« L’avion atterrit à Doha juste après l’aube. Un bref instant, le ciel se teinta d’un rose coquillage et le monde aperçu depuis le tarmac par le hublot revêtit une apparence de douceur. Shamgar connaissait bien cette heure, la seule où sortir était un plaisir. Il passait ses journées dehors, courbé sur une plante, les mains couvertes de terre odorante. Son jardin lui avait manqué pendant ces cinq jours à Kochi. »

Cette lecture simple en apparence mais en réalité très profonde, mélancolique aussi parle de notre monde qui semble accessible dans sa totalité, mais qui pourtant garde ses secrets, ceux de la vie des femmes et des hommes, infimes particules dans ce grand tout, qui ici se croisent et se rencontrent, interagissent sans le savoir. L’auteur mêle infime et infini et par douze vols nous fait faire un tour du ciel, un tour du monde en prenant des chemins de traverse, les vies et les destins de ses personnages…Pour moi, c’est une grande réussite et ce livre m’a touchée. Beaucoup.

Une des raisons est personnelle, au sujet des avions et des aéroports.

Quand j’étais gosse, je rêvais de monter en avion, ça a été une envie puissante très très longtemps. Pas juste voyager, mais être là-haut. J’ai vu un avion de près gamine, pour un mariage au restaurant de l’aéroport de Bron. La nuit, avec ma petite sœur ( nous devions avoir 7 et 4 ans ), le nez collé à la grande vitre, vue sur les pistes et les avions clignotant de partout, s’élançant en avant jusqu’à cet instant où le nez se lève et où le monstre décolle…magique !

Je n’imaginais même pas que ce soit aussi énorme, un avion, et ça m’impressionnait et ça me faisait rêver. Il a fallu que j’atteigne mes 54 ans pour enfin être passagère, et j’ai tellement aimé ça…

Et puis il y a les aéroports. Lyon c’est petit, mais Roissy…c’est un choc pour une campagnarde invétérée comme moi. Un choc et une expérience. S’asseoir et observer, écouter le bruissement de cette cohue humaine, des gens en transit, et tous ceux qui travaillent, nettoient, surveillent…Je ne sais pas faire ce qu’a fait ici David Szalay, mais il y a réellement de quoi laisser divaguer l’esprit, imaginer, rêver et réfléchir.

Je précise que je n’ai pris l’avion que 3 fois dans ma vie, et ce en 5 ans, dont une pour aller voir ma fille expatriée au Canada ( me le pardonnera-t-on ?), mon plus long vol. Revenant du Pays de Galles, dans le ciel limpide, voir la frange d’écume de la Manche sur le sable, survoler les boucles de la Seine et apercevoir la Tour Eiffel.

En chemin vers  Montréal, me dire que je survole le Labrador ! C’est, ça a été pour moi peut être le seul rêve d’enfant réalisé, et je le dis: j’adore voyager en avion. Mais je n’en abuse pas, vous en conviendrez, 3 vols en deux tiers d’une vie…

Bref, ce livre m’a plu pour ça, et bien sûr pour la délicatesse de l’écriture qui brode la dentelle humaine de vol en vol, de ville en ville, sur cette boucle:

LGW-MAD / MAD-DSS / DSS-GRU / GRU – YYZ / YYZ – SEA / SEA- HKG / HKG- SGN / SGN – BKK- DEL / DEL – COK / COK – DOH / DOH – BUD / BUD – LGW

 

8 réflexions au sujet de « Quelques mots et puis « Turbulences »- David Szalay- Albin Michel/ Grandes traductions, traduit par Etienne Gomez »

  1. Je comprends, moi aussi j’ai plus de mal à écrire sur les lectures numériques, rechercher les surlignages ou les pages « cornées » dans la liseuse, ce n’est pas pareil.
    Et je partage ton goût pour les vols en avion, aucun cette année, et je ne sais pas quand sera la prochaine fois !

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  2. J’aime le train, pour l’avion ça remonte à loin, et finalement on s’en passe … sauf pour voir la famille au Canada, alors je te comprends…

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    • J’aime aussi le train, j’ai voyagé avant en train, plus jeune en auto-stop et honte sur moi, en voiture…Je prends toujours les transports en commun chaque fois que je peux, mais à la campagne, c’est loin d’être évident. On doit prendre la voiture pour prendre le train !Bref, en tous cas, je n’envisage pas d’aller au Canada à la nage ! 🙂

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  3. Je lis également sur liseuse de temps en temps mais de moins en moins souvent car j’ai un besoin viscéral d’avoir un livre entre les mains, d’avoir le contact avec le papier, l’odeur etc…. Mais c’est malgré tout très utile et pratique en voyage et pour télécharger certains récits que me proposent la bibliothèque. Je ne prends plus l’avion (trop peur) Les voyages en train sont mon moyen de transport préféré car ils me permettent de lire, sans stress mais encore faut-il ne pas attendre deux heures une correspondance comme je vais le faire dans une semaine mais j’ai toujours un livre qui me permet de vivre au mieux ces moments 🙂

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    • d’accord avec toi, mais je n’ai pas peur de l’avion ! Mon mari, oui ! Le train, c’est épatant, mais j’ai fait étant jeune de longs trajets debout entre deux wagons, en payant un prix normal ( Marseille à chez moi, un peu plus haut que Lyon ), je mettais 8 h, les TGV n’existaient pas et je n’avais pas les moyens. On se serait cru encore au temps dela 3ème classe ! Certes, j’étais jeune alors…On ne peut pas tout avoir ! ah ah ah !

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  4. Je lis parfois les premiers chapitres gratuits avant d’acheter ou d’emprunter un livre, cela me donne une idée du livre, mais lire un « E-book » en entier, je ne pourrais pas…Si je n’avais pas d’autre choix, bien entendu, je le ferai, mais ne pas pouvoir toucher les pages, sentir l’odeur d’un livre tout neuf ou plus ancien qu’on a déniché dans une bouquinerie, un bibliothèque, avec mes petits signets entre les pages, ces jolis signets que je reçois depuis des années chaque fois que j’achète un livre à la jolie bibliothèque Corman qui sent bon le bois, bibliothèque spécialisée en livres traduits en français d’Ostende, mes petites notes gribouillées au crayon sur des feuillets que je retrouve entre les pages…Non, je ne suis pas prête pour les livres électroniques!

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    • Ici, durant le confinement, les librairies ont du fermer ainsi que les bibliothèques. Les affamés de lecture n’ont pas eu bien le choix. Lire sur un pc moi je ne peux pas, une tablette , ça va encore, la liseuse est adaptée totalement à la lecture, y compris la nuit sans déranger et su=i on est dans 700 ou 800 pages, c’est bien léger dans le sac pour le train ou le métro. Mais je suis comme toi Wivine ! Tu le sais ! Bises amie belge !

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