« La mère des larves » – Maude Jarry – Les éditions de ta mère (Québec )

La mère des larves par Jarry« C’est une sensation de brûlure qui me réveille, comme si quelqu’un venait de fendre l’épiderme de ma main droite avec une feuille de papier. Même à travers la pénombre de la chambre, les trois marques de griffes enflent à vue d’oeil à la surface de ma peau.

-Tabarnak, Richard !

La queue dressée dans les airs, mon chat s’éclipse de la pièce en courant. Le gars d’hier a dû partir en plein milieu de la nuit sans fermer la porte. J’ai beau l’aimer comme ma vie – le chat, pas le gars -, il est devenu tellement agressif dans les derniers mois que j’ai été forcée de lui interdire l’accès à ma chambre. »

Voici un premier roman québécois brillant, drôle, souvent « trash », mais aussi émouvant, inquiétant, et documenté ! Sarah, vétérinaire, en bave depuis quelques temps. Les chats sont devenus agressifs avec elle, son chum l’a lâchée, sa mère la saoule avec son baratin pour qu’elle aie des enfants, et par dessus tout ça, elle souffre de douleurs abdominales terribles que les médecins traitent d’un haussement d’épaules. Essayant diverses choses pour sa souffrance psychologique, elle teste Francine, pour trouver une issue, elle s’entend dire, par exemple:

« Dans mes écouteurs, Francine m’explique l’importance de la pleine conscience. 

« Plusieurs fois par jour, prenez un moment pour faire le point. Demandez-vous: qu’est ce que je ressens en ce moment? Prenez le temps de respirer. Essayez de reconnaître vos émotions pour ce qu’elles sont, sans les juger. » La vérité, Francine, c’est qu’à part mon sac à dos trop lourd, je ressens pas grand – chose. J’ai hâte de rien. J’ai envie de fuck all. Entre deux publicités pour sa formation en ligne qui – pour la modique somme de 2500$ -me permettrait enfin de développer mon plein potentiel, Francine me lance un avertissement sérieux . »

Jusqu’au jour où l’un des médecins enfin, va trouver le mal qui la ronge. Et croyez moi, c’est un sacré truc bien flippant. Ce serait désastreux de vous dire quoi. mais c’est …brrrr

Tissée de manière vive sur un ton qui échappe au drame, cette histoire je ne l’ai pas lâchée. Mêlant ce « problème » médical et les pressions diverses exercées sur les femmes, y compris par la famille, on passe de l’éclat de rire au désarroi face à ce qui arrive à Sarah. Et croyez moi, c’est un truc vraiment mais vraiment …comment dire…bon, vous lirez.

L’écriture ne se refuse aucune limite, aucune censure et côté émotions, on est sur une grande roue folle. Ce roman est avant tout une histoire de femmes, des relations qu’elles nouent entre elles, qu’elles soient de la famille ou des amies. Il est question aussi de ce que ça génère dans les relations amoureuses, être une femme qui à priori ne pourra pas enfanter mais surtout NE LE VEUT PAS!

Je découvre la littérature québécoise avec un infini plaisir, hors des noms fameux – et qui le méritent -faisant place à une nouvelle génération d’autrices et d’auteurs. La langue ajoute  vraiment beaucoup au texte.

Je vous propose la 4ème de couverture, et vous confirme que cette lecture a été un gros coup de coeur.

« Dans la vie de Sarah, tout chie: son chum l’a laissée parce qu’il voulait des bébés, les chats l’attaquent sans raison, sa mère tente par tous les moyens de la convaincre de procréer et des douleurs abdominales atroces la frappent sans prévenir. Elle a beau répéter qu’elle souffre, personne ne la prend au sérieux, jusqu’à ce qu’on lui découvre un mal envahissant qui pourrait bien, par un détour sinistre du destin, exaucer son souhait d’être stérile. »

Et j’ai choisi cette chanson d’Anne Sylvestre interprétée par la québécoise Pauline Julien