« L’exception » de Audur Ava Olafsdottir – éditions Zulma, traduit par Catherine Eyjolfsson

 

olafsdottirSemaine islandaise, et pour commencer, ce troisième roman traduit de l’islandaise Audur Ava Olafsdottir. Après « Rosa Candida » et « L’embellie », j’ai retrouvé avec grand plaisir l’univers et la voix si particuliers de cette jeune auteure. Si le sujet m’a semblé un peu plus banal et le « démarrage » du livre un peu long, j’ai quand même été une fois de plus envoûtée par cette ambiance que j’ai du mal à définir…ouatée, peut-être, tendre et optimiste sans idiotie. Et pourtant, c’est l’histoire de la souffrance de la rupture, l’histoire d’une femme qui se retrouve seule avec ses deux enfants…mais l’habile Olafsdottir nous ajoute Perla, fantasque naine écrivaine, nègre et thérapeute spécialisée dans les problèmes de couple, épaule secourable, un jeune voisin ornithologue et amoureux, des jumeaux beaux et gentils…

« Et c’est une nouvelle nuit blanche qui s’annonce, je suis seule dans le lit avec toutes ces rondeurs féminines auxquelles mon mari ne s’intéresse plus. Je secoue la couette et empile les quatre oreillers que je dispose comme une muraille entre mon mari absent et moi. Le lit conjugal est un océan gris et tumultueux où je me débats du soir au matin et brûle de langueur la nuit entière. J’aimerais sentir les contours d’un autre corps contre le mien, mais je refuse de me torturer à la pensée qu’une certaine poitrine se soulève à un rythme régulier dans la rue adjacente. Je tire l’édredon sur ma tête et demeure allongée, les bras le long du corps, les yeux fixes dans le noir. « 

Notre islandaise a choisi résolument un monde sans violence, où la réflexion et la douceur font avancer les êtres. L’humour reste présent, mais moins que dans « L’embellie », et bien vite on se laisse porter par la finesse du propos, sa vérité humaine, sa justesse. Tout ça parmi des gestes fantasques et très poétiques. L’écriture est toujours aussi belle, les mots s’ajustent et créent cet univers un peu éthéré, même quand il dit la souffrance, le désarroi, la solitude, qualité propre à cette plume légère que j’aime. J’ai trouvé une vidéo où nous découvrons le visage et la voix de cette femme venue du froid, mais  au cœur si chaud. Elle parle ici de son premier roman traduit en France, « Rosa Candida », pur moment de grâce, un de ces miracles que sont la découverte d’une écrivaine au tempérament unique, reconnaissable entre toutes..

 

 

Si ce roman n’est pas celui que j’ai préféré, il m’a néanmoins procuré un grand moment de plaisir, comme un cocon duveteux où se pelotonner parce qu’on en tire un certain réconfort, on s’y sent moins seule. Il va de soi que je ne vous raconte pas les tenants et aboutissants de l’histoire, triste mais pas sans issue, à la façon d’Audur Ava Olafsdottir.

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