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« Kinderzimmer » – Valentine Goby, Actes Sud
« Elle dit mi-avril, nous partons en Allemagne. »
On y est. Ce qui a précédé la Résistance, l’arrestation, Fresnes, n’est au fond qu’un prélude. Le silence dans la classe naît du mot Allemagne, qui annonce le récit capital. Longtemps elle a été reconnaissante de ce silence, de cet effacement devant son histoire à elle, quand il fallait exhumer les mages et les faits tus vingt ans; de ce silence et de cette immobilité, car pas un chuchotement, pas un geste dans les rangs de ces garçons et filles de dix-huit ans, comme s’ils savaient que leurs voix, leurs corps si neufs pouvaient empêcher la mémoire. Au début elle a requis tout l’espace. Depuis Suzanne Langlois a parlé cinquante fois, cent fois, les phrases se forment sans effort, sans douleur, et presque, sans pensée.
Elle dit le convoi arrive quatre jours plus tard. »
Ainsi débute ce roman, récit absolument bouleversant. Je ne sais pas trop comment partager avec vous cette histoire. Histoire de femmes, de guerre, de déportation, de solidarité. Histoire de femmes qui parfois portent un enfant en elles, histoire de barbarie, de courage, et de ce mot si galvaudé, de résilience.
Valentine Goby nous porte dans la vie de ces femmes de diverses nationalités qui furent déportées à Ravensbrück; détenues politiques ou amenées là à cause de leurs origines tziganes, rom, juives,… Mais ici, il est surtout question de la Kinderzimmer, la chambre des enfants, ces enfants encore dans le ventre de leur mère quand elles sont déportées, enfants qui s’ils arrivent à terme seront donc regroupés dans cette chambre, aussi sinistre que le reste de ce lieu; les enfants parfois y survivent sans hygiène et peu de nourriture ( sur 500 enfants nés à Ravensbrûck, seulement 40 ont survécu ).
J’ai vu il y a peu le film « Lee Miller », et en lisant ce livre, j’ai revu les scènes où la photographe arrive aux camps libérés et voit. L’atrocité insupportable.
Je découvre Valentine Goby avec ce livre, je n’ai lu auparavant que des Entretiens , « Devenir montagne », chroniqués sur ce blog, et je n’en ai pas fini avec cette autrice délicate, fine, et ici bouleversante dans sa façon si sensible de narrer cette histoire atroce. Il existe une « mise en image » du livre de Valentine Goby, une BD de Ivan Gros (Actes Sud BD ).
Bouleversant, rempli de l’humanité farouche de ces femmes de toutes origines, de leur force absolument inouïe, de leur acharnement à faire tenir en vie elles toutes et ces bébés qui sont dès leur naissance de presque fantômes. Remarquable.



