« Et tous mes amis seront des inconnus » de Larry McMurtry – Gallmeister, traduit par Laura Derajinski – collection Américana

Le titre de ce roman est celui d’une chanson country traditionnelle mélancolique,

« All my friends gonna be strangers » .Vous pouvez l’écouter là :

J’ai fait la connaissance de  Larry McMurtry avec « Lonesome dove », une vraie découverte, un extraordinaire voyage et cette écriture, toujours empreinte d’ironie et d’humour, où la dérision ramène chacun à sa plus juste place face à la nature, au côté irrémédiable de la vie – la mort, donc ! – , face aux éléments et au temps…

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C’est avec un immense plaisir que j’ai retrouvé ce ton. Autre époque – le début des années 60 – , mais toujours une sorte de déambulation des personnages d’un lieu à un autre, d’une situation à une autre. Quel gentil garçon, ce Danny ! C’est ainsi qu’on peut le qualifier : plutôt naïf, sentimental, émotif et…parfois un peu bête de toutes ses qualités ! En tous cas voici un roman qui me réconcilie avec la lecture,enfin une histoire, avec des choses qui se produisent, parfois totalement impossibles mais on y croit, comme on croit aux ogres et aux fées quand on est un enfant. Je veux des histoires, du rêve – voire du cauchemar ! – du voyage et des personnages qui ne me ressemblent pas, et qui ne ressemblent pas à mon voisin…Et force est de constater que depuis quelques temps, c’est aux USA que je trouve cet oxygène. Larry McMurtry nous parle du Texas, du ciel du Texas, son Danny n’aime pas San Francisco, il préfère l’immensité du ciel texan :

« Le Texas, c’était ce ciel, c’était le ciel qui me souhaitait à nouveau la bienvenue. La terre m’importait peu – elle était morne, monotone, constellée de petites villes laides. C’était le ciel qui m’avait manqué, et à le voir ainsi dans son éclat matinal, je compris soudain pourquoi je n’avais pas été moi-même pendant ces derniers mois. Il était d’une telle profondeur, d’une telle grandeur, d’une telle immensité incroyable, il englobait tant de choses, il offrait un tel espace vaste et généreux, qu’à l’avoir ainsi au-dessus de soi il était impossible de ne pas se sentir plus déterminé. […]Je n’aurais rien pu ressentir dans un endroit où je n’avais jamais remarqué le ciel. »

Le périple de Danny, qui  d’étudiant devient écrivain publié, dont le roman va être adapté par la Columbia, est d’une drôlerie et d’une exubérance telles qu’on le suit le sourire aux lèvres, au gré de ses aventures amoureuses, nombreuses;  car Danny tombe sans cesse amoureux…A bord de sa vieille Chevrolet, El Chevy, comme il la nomme amicalement, il laisse aller ses pensées confuses, retardant sans cesse les décisions.houston

 » El Chevy et moi nous éloignâmes en douceur d’Austin. J’étais visiblement devenu un Conducteur. Le volant avait une sensation agréable entre mes mains. J’aimais la façon dont la route glissait sous moi, j’aimais voir les panneaux, doubler les voitures, traverser sans encombre les petites villes. Dès que j’étais en mouvement, mes sensations semblaient revenir. A l’instant où je m’arrêtais, les sensations me fuyaient. je n’étais pas certain d’avoir envie d’aller à Houston, où je serais sans aucun doute obligé de m’arrêter et de faire face à plein de choses. »

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Ce roman est le premier de Larry McMurtry. il est l’auteur de plusieurs best-sellers adaptés à l’écran. Il a reçu le prix Pulitzer pour « Lonesome Dove » et un Oscar pour le scénario du « Secret de Brokeback Mountain », en 2006.

En tous cas, je pense que je lirai ses autres livres, tant j’ai pris plaisir à celui-ci et à « Lonesome Dove ».

Lecture drôle, intelligente, qui coule sans envie d’arrêter, quel plaisir !

« Les apparences » de Gillian Flynn, éd. Sonatine, traduit par Héloïse Esquié

apparencesJ’ai lu avec  plaisir ce roman, grand prix des Lectrices de « Elle ». J’y ai aimé le ton, l’humour, la vivacité, le suspense assez soutenu, et le regard porté sur le couple. C’est un livre léger, pas mal pour les vacances si on ne veut pas se triturer les méninges !

L’écriture à deux voix est la base du doute qui règne tout au long de l’histoire; ceci dit, si on a l’habitude de cette littérature, on se fait assez vite une idée du « coupable », si coupable il y a …J’ai bien aimé le fait que les deux protagonistes soient relativement antipathiques, en tous cas Nick est très agaçant, et Amy, perverse. La seule que j’ai aimée est Go ( Margo ) la jumelle de Nick, moins sotte que lui ! Des personnages superficiels ou plutôt qui sont juste les rouages d’une mécanique vouée au suspense du récit: même si l’auteur veut insérer dans son roman un brin de réalisme social, ces deux êtres restent très axés sur leur nombril. C’est d’ailleurs ce qui rend tout ça plaisant , il n’y a pas de prétention à la psychologie, juste beaucoup d’ironie et tout ça est agréable et distrayant. Je pense que c’est volontaire de la part de Gillian Flynn, et c’est bien ainsi !

En résumé, bonne intrigue, prenante et amusante, un vrai livre pour le plaisir et la détente.