« Les guerriers de l’hiver » – Olivier Norek – Pocket

« La lumière pleut sur ses yeux fermés, sur son corps allongé au coeur arrêté.
Autour de lui, le dernier jour de la guerre jonche le sol de dépouilles par milliers, déposées à la surface de la neige rouge.

Il n’est personne parmi les autres. Ni plus précieux, ni plus important. Mais ailleurs, il pourrait être un père, un frère, un ami ou un mari. Ailleurs, il est tout.

Dans la mort, seuls leurs uniformes les distinguent. Ils étaient ennemis, ils sont désormais allongés côte à côte. Ici, leurs mains se touchent, là, leurs visages éteints se font face.

Voilà tout un hiver qu’ils s’entretuent. »

Je ne vais pas faire un long article, parce que ce roman, absolument remarquable, je ne peux que vous conseiller de le lire et en tous cas moi, je n’ai pas lâché l’histoire terrible ici contée avant de l’avoir finie.
Ce roman extrêmement documenté raconte comment Staline a voulu s’emparer de la Finlande entre 1939 et 1940.  Voici David contre Goliath, une Finlande petite, plutôt rurale, pays de neige et de glace durant de longs mois, mais où vivent de très bons tireurs, chasseurs. En particulier un jeune homme nommé Simo Haÿhä, surnommé La mort blanche, devenu une légende. Tireur incomparable, il vise, tire et atteint toujours sa cible, et ce sans broncher. Si je précise ceci, c’est qu’il va jouer un rôle majeur dans cette guerre, il fut un héros national, indéniablement.

« Comme à chaque nouvelle mission, Simo apprenait et se perfectionnait. Deux jours plus tôt, il avait « spotté » un observateur russe, sa position révélée par la vapeur de son souffle, loin de ses lignes, planqué derrière un monticule de neige. Voyant s’élever le petit nuage, Simo avait tiré au jugé, sans même voir sa cible, et de l’autre côté du monticule, le Russe s’était écroulé.

Toute erreur de l’ennemi devenait un enseignement pour le jeune soldat, et depuis, Simo confectionnait de petites boules de neige tassée qu’il mettait dans sa bouche et qu’il laissait fondre afin de ne pas être trahi par les trente-sept degrés de son souffle. »

J’ai rarement lu sur un sujet historique comme celui-ci mais là, à peine débutée ma lecture, je n’ai pas pu la lâcher. Pour plusieurs raisons, la première étant le sujet qui fait penser que l’histoire se répète avec la Russie, toujours avide de conquête à peu près à n’importe quel prix, humain surtout. La seconde c’est l’écriture d’Olivier Norek, précise, délicate, sensible, et évidemment on sent derrière des masses de recherches . Et puis une grande intelligence augmentée de grandes connaissances ( j’ai lu quelques articles de journaleux chicaneurs: sans commentaires ), sans nul doute l’auteur a fouillé son sujet à fond et en rend un récit passionnant, terrible, où l’histoire du monde rejoint celle des gens ordinaires qui ne demandent qu’à vivre paisiblement dans leur pays.

On va assister à ce qui est aussi une guerre d’usure, avec à leur profit la connaissance du territoire, glace, neige, froid, relief, forêts… ainsi les Finlandais, jeunes pour beaucoup, hommes et femmes, vont mener un combat sans faille car ils sont soudés, solidaires, vigilants . Ils endurent tout avec un courage sidérant, une volonté de fer, eux les gens du petit pays contre le géant russe, et si vous lisez ça, vous verrez, c’est admirable. Quant à l’auteur, que dire sinon que son écriture rend un hommage bouleversant aux combattants de ce pays glacé, qu’il nous parle d’histoire en nous glissant dans la peau de ces héros finlandais, d’une ténacité, d’un courage et d’une solidarité inouïs. La fin, sur un champ de bataille silencieux jonché de mort:

Mannerheim

« Il faut toujours un premier mort, le voir de ses yeux, pour vraiment croire à la guerre. Et il en faut un dernier pour conclure.
À Kollaa, Yrjö fut celui-ci. 

Quelques minutes avant 11 heures, il avait affronté un soldat d’infanterie russe, ils avaient tiré tous les deux, et tous les deux s’étaient blessés mortellement.

Puis l’on hurla de joie au silence revenu. Des deux côtés du front.
La lumière se mit à pleuvoir sur les yeux fermés d’Yrjö, sur son corps allongé au cœur arrêté. Autour de lui, le sol était jonché de dépouilles par milliers, déposées à la surface de la neige rouge.
Il n’était personne parmi les autres. Ni plus précieux, ni plus important . »

Oui, j’ai adoré cette lecture, j’y ai appris beaucoup de choses, et puis bon : l’écriture de cet auteur sert si bien cette histoire bouleversante et instructive. Plein de passages sont surprenants – je pense aux pages où, à Paris , Lino Ventura participe à un combat de boxe avec des parieurs pour récolter de l’argent en soutien à l’armée finlandaise.

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« Ainsi, au sein de la guerre s’en jouait une autre, faite de fausses informations et de manipulations contre laquelle la Finlande avait imaginé une nouvelle unité: la Brigade Anti-Dépression, aussi nommée Brigade Contre le Mal du pays avec à sa tête l’Officier de la Vérité. De ligne de front en ligne de front, il parcourait la Finlande, donnant aux soldats les dernières nouvelles des villes, démystifiant les rumeurs, coupant la tête aux « on-dit » et parsemant le tout de petites histoires drôles, ce qui n’étonnait personne, car beaucoup connaissaient cet Officier de la Vérité sous un autre nom, celui de « Lapatossu », le clown star du cinéma comique qui avait conquis le coeur des Finlandais depuis près de dix ans. »

J’ai dit que je ne ferai plus d’article aussi développés qu’avant, je tiens parole. Mais je conseille vraiment ce livre remarquable, qui m’a bouleversée souvent, une histoire et des faits qui semblent hélas devoir continuer à persister dans le monde. 
Mais avant tout, je suis épatée par l’écriture d’Olivier Norek, ainsi que par la maîtrise de son sujet.

Un très grand plaisir de lecture et beaucoup de choses apprises.

Note de l’auteur:

Ceci est un roman.
Cependant, les dialogues proviennent d’archives ou ont été transmis par des passionnés, des militaires et des historiens.
Aucun fait d’armes n’a été inventé, ni aucune anecdote.

Aucun acte de bravoure n’a été exagéré.
Si ces événements ont bien un siècle, ils nous renvoient à l’Histoire actuelle et nous mettent en garde.
La guerre survient souvent par surprise, et il faut toujours un premier mort sur notre sol pour y croire vraiment. »

Hymne national finlandais:

https://youtu.be/6cgNLVkYvFk?si=kchwL5bckPjmhW3X

« Et tous mes amis seront des inconnus » de Larry McMurtry – Gallmeister, traduit par Laura Derajinski – collection Américana

Le titre de ce roman est celui d’une chanson country traditionnelle mélancolique,

« All my friends gonna be strangers » .Vous pouvez l’écouter là :

J’ai fait la connaissance de  Larry McMurtry avec « Lonesome dove », une vraie découverte, un extraordinaire voyage et cette écriture, toujours empreinte d’ironie et d’humour, où la dérision ramène chacun à sa plus juste place face à la nature, au côté irrémédiable de la vie – la mort, donc ! – , face aux éléments et au temps…

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C’est avec un immense plaisir que j’ai retrouvé ce ton. Autre époque – le début des années 60 – , mais toujours une sorte de déambulation des personnages d’un lieu à un autre, d’une situation à une autre. Quel gentil garçon, ce Danny ! C’est ainsi qu’on peut le qualifier : plutôt naïf, sentimental, émotif et…parfois un peu bête de toutes ses qualités ! En tous cas voici un roman qui me réconcilie avec la lecture,enfin une histoire, avec des choses qui se produisent, parfois totalement impossibles mais on y croit, comme on croit aux ogres et aux fées quand on est un enfant. Je veux des histoires, du rêve – voire du cauchemar ! – du voyage et des personnages qui ne me ressemblent pas, et qui ne ressemblent pas à mon voisin…Et force est de constater que depuis quelques temps, c’est aux USA que je trouve cet oxygène. Larry McMurtry nous parle du Texas, du ciel du Texas, son Danny n’aime pas San Francisco, il préfère l’immensité du ciel texan :

« Le Texas, c’était ce ciel, c’était le ciel qui me souhaitait à nouveau la bienvenue. La terre m’importait peu – elle était morne, monotone, constellée de petites villes laides. C’était le ciel qui m’avait manqué, et à le voir ainsi dans son éclat matinal, je compris soudain pourquoi je n’avais pas été moi-même pendant ces derniers mois. Il était d’une telle profondeur, d’une telle grandeur, d’une telle immensité incroyable, il englobait tant de choses, il offrait un tel espace vaste et généreux, qu’à l’avoir ainsi au-dessus de soi il était impossible de ne pas se sentir plus déterminé. […]Je n’aurais rien pu ressentir dans un endroit où je n’avais jamais remarqué le ciel. »

Le périple de Danny, qui  d’étudiant devient écrivain publié, dont le roman va être adapté par la Columbia, est d’une drôlerie et d’une exubérance telles qu’on le suit le sourire aux lèvres, au gré de ses aventures amoureuses, nombreuses;  car Danny tombe sans cesse amoureux…A bord de sa vieille Chevrolet, El Chevy, comme il la nomme amicalement, il laisse aller ses pensées confuses, retardant sans cesse les décisions.houston

 » El Chevy et moi nous éloignâmes en douceur d’Austin. J’étais visiblement devenu un Conducteur. Le volant avait une sensation agréable entre mes mains. J’aimais la façon dont la route glissait sous moi, j’aimais voir les panneaux, doubler les voitures, traverser sans encombre les petites villes. Dès que j’étais en mouvement, mes sensations semblaient revenir. A l’instant où je m’arrêtais, les sensations me fuyaient. je n’étais pas certain d’avoir envie d’aller à Houston, où je serais sans aucun doute obligé de m’arrêter et de faire face à plein de choses. »

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Ce roman est le premier de Larry McMurtry. il est l’auteur de plusieurs best-sellers adaptés à l’écran. Il a reçu le prix Pulitzer pour « Lonesome Dove » et un Oscar pour le scénario du « Secret de Brokeback Mountain », en 2006.

En tous cas, je pense que je lirai ses autres livres, tant j’ai pris plaisir à celui-ci et à « Lonesome Dove ».

Lecture drôle, intelligente, qui coule sans envie d’arrêter, quel plaisir !

« Les apparences » de Gillian Flynn, éd. Sonatine, traduit par Héloïse Esquié

apparencesJ’ai lu avec  plaisir ce roman, grand prix des Lectrices de « Elle ». J’y ai aimé le ton, l’humour, la vivacité, le suspense assez soutenu, et le regard porté sur le couple. C’est un livre léger, pas mal pour les vacances si on ne veut pas se triturer les méninges !

L’écriture à deux voix est la base du doute qui règne tout au long de l’histoire; ceci dit, si on a l’habitude de cette littérature, on se fait assez vite une idée du « coupable », si coupable il y a …J’ai bien aimé le fait que les deux protagonistes soient relativement antipathiques, en tous cas Nick est très agaçant, et Amy, perverse. La seule que j’ai aimée est Go ( Margo ) la jumelle de Nick, moins sotte que lui ! Des personnages superficiels ou plutôt qui sont juste les rouages d’une mécanique vouée au suspense du récit: même si l’auteur veut insérer dans son roman un brin de réalisme social, ces deux êtres restent très axés sur leur nombril. C’est d’ailleurs ce qui rend tout ça plaisant , il n’y a pas de prétention à la psychologie, juste beaucoup d’ironie et tout ça est agréable et distrayant. Je pense que c’est volontaire de la part de Gillian Flynn, et c’est bien ainsi !

En résumé, bonne intrigue, prenante et amusante, un vrai livre pour le plaisir et la détente.