Sur les traces de deux Finlandais hors normes : Aki Kaurismäki et Aarto Paasilinna

Grand coup de coeur pour un film en salles actuellement: « Le Havre », de Aki Kaurismäki. C’est à mon avis une oeuvre comme seul ce taciturne Finlandais sait en créer. Cela ne ressemble en rien au cinéma français actuel. Les comédiens (extraordinaires) ne sont pas jeunes, pas très à la mode, pas riches, mais beaux de leur seule humanité ! Enfin des visages et des voix qu’on ne voit ou n’entend pas tous les jours dans les médias, parlant de tout et n’importe quoi. Enfin un propos sans angélisme ni posture qui se contente de dire, de décrire, sans se répandre en discours! Enfin un cinéma qui n’étale pas un budget faramineux pour cacher sa misère, mais qui, avec un décor ordinaire et pauvre , des acteurs qui croient en ce qu’ils font et pas seulement pour leur cachet ( tiens ! ça me rappelle quelque chose…) nous offre un spectacle plein de drôlerie, d’intelligence, de sensibilité et un vrai travail de réalisation, une véritable oeuvre d’art. Ce film est un conte où les fées portent une blouse de travail et où les magiciens abusent un peu du vin en mangeant leur fromage. Parce que les personnages sont bien des fées et des magiciens, sous leurs vieux manteaux et leur mine un peu chiffonnée.

Connaissez-vous André Wilms ? Moi, je ne le connaissais pas, alors écoutons- le parler de ce film, de Kaurismäki et du cinéma : ça change !

http://youtu.be/jHVi_yGddgY

Et écoutez Little Bob ( du groupe Little Bob Story ) qui y joue son propre rôle

 

 http://youtu.be/BZf0vY2_y-0

Et enfin, la bande-annonce

    http://youtu.be/dcQU1g-Lip4                

Et si vous voyez et aimez ce film, regardez, du même grand Kaurismäki « L’homme sans passé »    .

En regardant ce film, en lisant des interviews du cinéaste et de ses comédiens, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le lien avec l’écrivain, finlandais lui aussi, Arto Paasilinna. D’autant que je venais de terminer un de ses romans, « La forêt des renards pendus », qui m’avait fait rire, comme tous les livres de cet original personnage qu’est Paasilinna. J’ai pensé à lui à cause du ton, caustique sans avoir l’air d’y toucher, de l’économie de moyens, aussi. Chez Paasilinna, pas de discours interminables; des faits, le déroulement d’une action, des mots choisis, et le lecteur doit apprendre à saisir tout le sel du texte, juste par son intelligence.On dit que les Finlandais sont des taiseux, et c’est ce que semblent confirmer les oeuvres de ces deux artistes.

Parmi les romans de Paasilinna,ceux que j’ai préféré sont

« Le cantique de l’apocalypse joyeuse »

« Petits suicides entre amis »

et « La cavale du géomètre »,mais nous en avons plusieurs autres sur les rayons de la bibliothèque 

Et voici un lien vers une petite biographie de l’auteur      

 http://mondalire.pagesperso-orange.fr/paasilinna.htm                           

et ce site qui propose des citations et des vidéos

http://www.babelio.com/auteur/Arto-Paasilinna/3361

Alors je vous souhaite une bonne toile et de bonnes lectures.

 

 

 

 

 

 

                     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur les traces des écrivains irlandais.

Bal(l)ade irlandaise… voici un tout petit pays, riche d’une très ancienne civilisation, maltraité par une interminable et douloureuse histoire de guerres et de conflits , mais un pays qui a généré un nombre impressionnant d’artistes, poètes et écrivains. Je me contenterai de vous dire quelques mots de ceux que je connais, contemporains ( vous avez compris, je pense, que j’aime les auteurs de notre temps…) et dont les livres m’ont marquée.

Je commencerai par une femme : Nuala O’Faolain ( 1940 – 2008 ). « Best love Rosie  » a été un grand moment de lecture; car si Nuala est irlandaise, ça ne l’oblige pas à parler de verts pâturages ou de beuveries à la bière ! Elle a choisi de parler plutôt de la vie d’une femme en Irlande au xxème siècle, une femme à l’âge charnière de 50 ans, qui après de nombreuses déceptions ( pas seulement sentimentales ) va chercher dans une petite maison au bord de mer un temps de réflexion et de repos, loin de tout, et pourtant…Ici elle va ouvrir des portes sur son histoire,sur  celle de sa famille, sur ses origines et va trouver une forme de libération. Bien sûr, que ce livre touche les femmes, celles de 50 ans et les autres ! Bien sûr, il y a l’Irlande, comme un personnage et l’histoire des femmes dans ce pays est en question; on a ensuite envie de se pencher sur ce que fut la vie des femmes en Irlande…

Comme Franck McCourt (1930-2009) nous dépeint  celle de sa mère dans ce magnifique roman « Les cendres d’Angela ». Best seller, mérité à mon avis : ce livre autobiographique se situe dans les années 30-40, à Limerick, et la famille McCourt cumule les handicaps :  pauvre, catholique, père alcoolique, enfants qui naissent et qui meurent…Franck est un miraculé !

« Partout les gens se vantent et se plaignent de leurs jeunes années, mais rien ne peut se comparer à la version irlandaise : la pauvreté; le père alcoolique, bavard et fainéant; la mère pieuse et résignée, qui gémit près du feu; les prêtres pompeux; les maîtres d’école tyranniques; les Anglais et les horreurs qu’ils nous ont infligées durant huit cents longues années.                                     

Et tout ça trempés comme des soupes. »                                                     

Ainsi McCourt commence son récit et ce qui m’a le plus impressionnée lorsque j’ai lu ce livre, c’est cette absence de rancune, de colère, c’est l’humour des descriptions des pires calamités, c’est cette sensation qu’ainsi réchappé du pire, Franck est tout simplement reconnaissant à la vie de l’avoir sauvé, et je trouve ça admirable !                                                                  

Ambiance pub : http://youtu.be/JwNC6GK0cWE                           

                        http://youtu.be/dPDA45KaHZg

Un pays où les elfes dansent…http://youtu.be/EpwC259f8UI

                                           

Il y a bien d’autres auteurs irlandais de talent, mais je vous parlerai pour finir de Joseph O’Connor (né en 1963, il enseigne à Dublin ), considéré comme un des plus grands écrivains de son pays à l’heure actuelle; j’ai adoré « Inishowen », qui met en scène l’Irlande et les USA, à travers un flic irlandais et une femme vivant aux USA et qui, à la recherche de ses origines irlandaises va comprendre d’où elle vient…mais là je ne dois rien dire ! Les descriptions de scènes de pub sont assez drôles, quand notre flic un peu désabusé, sur lui-même et sur son pays, remarque qu’en Irlande, quand la musique est joyeuse, les paroles des chansons ne parlent que de la mort et qu’à l’inverse, à musique triste, paroles optimistes !

Un mot d’un livre de Robert McLiam Wilson « Eurêka street », du rire à la stupeur dans l’Irlande du Nord…à découvrir !

D’Aubagne à Marseille avec Marcel Pagnol et Jean-Claude Izzo

Les vacances au bord de la mer, le soleil, la plage…Oui bien sûr ! Mais quel dommage de ne pas en profiter pour découvrir aussi les alentours. Si vos vacances vous emmènent aux environs de La Ciotat, de Cassis et de ses calanques, en passant par Marseille, une pensée pour Marcel Pagnol vous viendra peut-être à l’esprit. Si vous avez aimé lire ses souvenirs d’enfance dans « La gloire de mon père » et « Le château de ma mère », promenez-vous sur ses traces dans le massif du Garlaban.

 

Ces collines, comme on les désigne là-bas, proposent de très belles balades à pied, reliant Marseille à Aubagne, ville natale de Pagnol, et sur ces chemins vous retrouverez les lieux où le petit Marcel, flanqué de son ami Lili et de son petit frère Paul, vécut les plus belles vacances de sa vie.

Voici un lien vers un site qui propose de nombreuses promenades, commentées si vous le désirez, et de nombreuses autres informations sur Pagnol

http://www.gb-provence.com

 

Visite à Marseille: le Bar de la Marine, théâtre des pittoresques parties de belote de la trilogie « Marius », « Fanny », et « César » est devenu un bar « branché », la Canebière s’est « embourgeoisée », et la grimpette jusqu’à Notre Dame de la Garde est toujours aussi raide, mais un panorama à 360° sur la ville entière, le port, les vieux quartiers et les collines environnantes, ça se mérite ! 

D’ici est issu aussi un autre auteur, moins connu que Pagnol, contemporain et mort prématurément (1945-2000 ) : il s’agit de Jean-Claude Izzo. On lui doit une trilogie policière où sa ville est dépeinte dans ses aspects populaires et la vie mafieuse décortiquée : « Total Khéops », « Chourmo » et « Soléa ». On sent chez le personnage, Fabio Montale, un amour de sa ville qui, je crois, est propre à tous les Marseillais. Mais Izzo a aussi écrit  de nombreux recueils de poésie, des chansons, des scénarii pour le cinéma et d’autres romans tels que « Le soleil des mourants » et « Marins perdus », qui parle d’un de ces équipages de bateaux qui se retrouvent à quai, sans plus de commandement, abandonnés, sans argent, et qui survivent en attendant qu’on leur dise quoi faire, grâce à l’aide des habitants de la ville.

Voici le lien vers un site sur les écrivains, qui propose une biographie et une bibliographie très complète de Jean-Claude Izzo

http://authologies.free.fr/izzo

et le site officiel, réalisé par Sébastien Izzo, fils de Jean-Claude

http://www.jeanclaude-izzo.com/

Marseille a été décrite par de nombreux écrivains dont Joseph Conrad qui y fit ses premières armes dans la Marine et Dumas enferme Dantès au château d’If .

 

C’est ce port cosmopolite et grouillant d’activité, ces vieux quartiers où l’on se croit dans un village, ce brassage de classes et de nationalités, mêlées dans les mêmes lieux, cette verve excessive, qui rendent cette ville si plaisante. Pour rejoindre la corniche Kennedy, qui a été entièrement aménagée pour son plus grand bien, on longe la mer en croisant des ports miniatures comme le Vallon des Auffes; puis passée la corniche, on rejoint le port des Goudes, on arrive au bout de la route; il n’y a plus qu’à mettre des chaussures de marche et à  partir ainsi sur le chemin des calanques, jusqu’à Cassis si vous êtes en forme ! Et cette marche est un enchantement pour les yeux…

 Pour compléter ce panorama, vous pouvez toujours revoir tous les films de Pagnol , les adaptations très réussies d’Yves Robert de « La gloire de mon père » et « Le château de ma mère », celles de « Jean de Florette » et « Manon des sources » par Claude Berri, ainsi que « Marius et Jeannette » de Robert Guédiguian, qui se passe dans le port de l’Estaque et présente un point de vue plus moderne car plus récent de la ville, un état d’esprit plus proche de Jean-Claude Izzo.

Ah! Au fait! Le ferry- bo-at est encore en service et vous emmène de l’Hôtel de Ville au bar de la Marine…si la sardine ne bouche pas le port!

Mais assez de galéjades et à bientôt pour une autre destination !

Sur les traces de Jean Giono, dans les Alpes de Haute Provence.

       Voici une nouvelle rubrique qui prend naissance à l’approche des vacances, mais qui entend vous donner des idées de balades sur les pas de nos grands écrivains tout au long de l’année.Je ne sais pas si c’est le cas pour vous, mais quand je vais à la découverte d’un nouvel endroit, j’aime bien avant de partir me documenter sur les lieux et chercher qui a pu parler de sa région ou de son pays et en rendre « l’âme » avec talent.Pour cette première étape, j’ai choisi de vous parler des Alpes de Haute Provence, et en particulier de la région de Manosque et de Forcalquier, où je me suis promenée l’an dernier. Pour moi, ce coin de terre rude sous le soleil est attaché à Jean Giono. Ce grand écrivain est né et mort à Manosque, ville qu’il n’a jamais quittée. Le premier livre que j’ai lu de lui a été « Regain » dont sans doute nombreux d’entre vous connaissent l’adaptation au cinéma . Il m’a donné une vision de cette Provence bien éloignée des clichés et en traversant le plateau de Valensole, j’ai repensé à ces paysans bâtis de la même glaise et de la même rocaille que leur sol, si dur et ingrat. Les vagues bleues de la lavande jusqu’à l’horizon, si elles m’ont enchantée, m’ont aussi fait penser à la somme de travail pour un tel résultat. Giono m’a donc donné une vision plus humaine que celle des cartes postales et moins idyllique. Et en parlant avec les habitants de ces si beaux villages perchés, on sait qu’ils ont aussi un hiver parfois très rude, et isolé . Je vous mets ici le lien vers le site du centre Jean Giono à Manosque ainsi qu’un autre site qui parle mieux que moi de cet auteur.

www.centrejeangiono.com

http://pages.infinit.net/poibru/giono

Quelques titres que vous trouverez à la bibliothèque :

« Regain » – « Un de Baumugnes » – « L’iris de Suse » – « Que ma joie demeure » – « L’homme qui plantait des arbres » –  « Solitude de la pitié » ; d’autres titres peuvent vous être procurés à la demande grâce au relais de la B.D.P. ( Bibliothèque Départementale de Prêt )

Et aussi, des revues « Géo »  et « Détours en France » sur la Provence, ainsi que d’autres auteurs qui ont décrit cette région comme l’Anglais Peter Mayle.

Mais je ne terminerai pas cet article sans vous avoir parlé d’un endroit découvert  dans le même secteur, sur lequel j’avais lu plusieurs articles, mais !… Il faut le voir pour le croire ! Il s’agit de la Librairie « Le Bleuet » à Banon.

Banon, beau village perché , qui compte environ 1000 âmes et est connu pour un fameux petit fromage de chèvre entouré d’une feuille de châtaignier. Mais Banon, maintenant connu partout par les lecteurs de tous poils pour cette librairie. Fondée il y a 21 ans par Joël Gattefosse, menuisier de son état et fou de littérature, ce lieu magique pour qui aime les livres propose plus de 110 000 titres ( dont 479 de La Pléïade ! ), compte 13 salariés et vend environ 465 livres par jour !!! Il faut dire que la librairie est ouverte tous les jours, sauf le 1er Janvier !

Tant et si bien que ce libraire « fou » a fait construire un bâtiment ( Haute Qualité Environnementale ) pour contenir son stock et vendre par Internet aux gens de tout le pays qui savent trouver chez lui l’introuvable ailleurs , avec à la clé 35 emplois et en 2014, 1 million de titres disponibles. Ainsi en 2015, « Le Bleuet » sera la première librairie en France en fond littéraire et ça,  ça m’épate ! Car il fallait oser se lancer dans une telle aventure à l’heure où chaque jour on sonne le glas pour le livre. Réaliser une telle entreprise dans un si petit village, c’était un défi et Mr Gattefosse a gagné !!!

Je vous assure qu’en rentrant dans cette belle bâtisse en plein village, on n’y croit pas; j’ai entendu un visiteur dire : « Il me faudrait un GPS! ». Et c’est ainsi que Banon, outre ses belles ruelles pavées, la vue depuis la Chapelle et ses petits fromages, est devenu célèbre pour sa librairie de conte de fées ! 

Un endroit donc à ne pas manquer !