« Les fantômes de Belfast » de Stuart Neville – Rivages Thriller, traduit par Fabienne Duvigneau

les fantomes de BelfastEh bien voici un auteur qui manquait à ma liste irlandaise, et il eut été dommage de le louper ! Un passionnant moment de lecture, avec un polar très noir, halluciné, sans concession. Bien écrit, bien construit, j’y ai aimé le personnage principal. Gerry Fegan ,  bras armé à la période des Troubles pour plus puissants que lui – et  plus doubles, et plus lâches – qui, à sa sortie de prison, devient l’hôte permanent des fantômes de ceux qu’il a tués. Gerry boit pour leur échapper, mais en vain;  Gerry n’est jamais seul, suivi, talonné, harcelé par les ombres du passé qui réclament vengeance. Alors commence un compte à rebours sanglant, violent, durant lequel la face la plus sordide de ces interminables conflits irlandais nous est donnée à voir, par des regards en arrière qui permettent au lecteur peu à peu de mieux comprendre les faits. Où l’on voit toute la corruption, les actes indignes, mafieux, criminels des uns et des autres, aujourd’hui détenteurs du pouvoir. Et bien ennuyés par ce Gerry Fegan incontrôlable, électron libre aux prises avec des fantômes impitoyables. Gerry va accomplir, pour les âmes en peine –  la sienne comprise – le grand nettoyage, espérant trouver à nouveau un peu de paix. 

irlande mur peintVoici un roman sans temps morts, où l’on suit Gerry dans son périple meurtrier, dans un état second, fébrile, dans une oscillation constante entre compassion et horreur. 

Voici un roman qui m’a fait passer à la trappe les deux précédents pas terminés. Ce livre étant un premier roman, j’ai hâte de lire les suivants ( « Collusion » et « Les âmes volées » ) et je rajouterai qu’une fois de plus la littérature irlandaise apporte une grande plume. Fort, âpre, une écriture irréprochable, vraiment une belle découverte.

  Le début du roman :

« S’il buvait encore un verre, peut-être qu’ils le laisseraient tranquille. Ainsi Gerry Fegan se mentait-il à lui-même à chaque gorgée. Après avoir chassé la brûlure du whisky avec une longue rasade de Guinness, il reposa le verre sur la table, Lève les yeux et ils seront partis, se dit-il.

Mais non. Ils n’avaient pas bougé et le fixaient toujours. Douze, ils étaient, en comptant le bébé dans les bras de sa mère. »