Découverte au Castelo de São Jorge de cette poétesse : Sophia de Mello Breyner

« Je dis:
« Lisbonne »
Quand je traverse – venant du Sud – le fleuve
Et la ville où j’arrive s’ouvre comme si elle naissait
Long scintillement de bleu et de fleuve
Corps amoncelé de collines –
Je la vois mieux parce que je la dis
Tout se montre mieux parce que je dis
Tout montre mieux son être et sa carence
Parce que je dis
Lisbonne avec son nom d’être et de non-être
Ses méandres d’insomnie de surprise et de ferraille
Son éclat secret de chose de théâtre
Son sourire complice de masque et d’intrigue
Pendant qu’à l’Occident la vaste mer se dilate
Lisbonne oscillante comme une grande barque
Lisbonne cruellement construite le long de sa propre absence
Je dis le nom de la ville
– je dis pour voir. »
Lisbonne est une ville de poètes, du grand Camões des « Lusiades » à Fernando Pessoa avec son « Livre de l’intranquillité » et tous ceux qu’on ne connaît pas ( assez ), Lisbonne est une ville de grands écrivains depuis fort longtemps ( cet article en parle très bien). On y voit au milieu de la foule de la terrasse du café A Brasileira, Pessoa attablé, un peu plus loin sur la place, c’est Camões et sur les quais du Tage, la Fondation José Saramago, prix Nobel de littérature. Et puis la poésie sur les murs, des textes sans signature, des oiseaux qui montent au ciel ou qui conversent, des papillons que crie la bouche d’une fillette, sans parler de cette gironde chanteuse de fado et des hommages à la révolution .
Enfin, bien que je ne vous aie pas parlé de Belem, si beau et riche culturellement, ni du grand quartier moderne du Parque das Nações ( Parc des Nations construit pour l’Exposition universelle en 1998) que j’ai beaucoup aimé, vous avez compris je pense que cette ville m’a enthousiasmée, m’a touchée profondément, pas juste pour son immense richesse culturelle de tous âges, et pas seulement dans ses vieilles pierres, mais pour tout ce qui se dégage d’humanité et de gentillesse chez les habitants de ses quartiers, pour ses anachronismes, ses petits commerces étonnants, ses toits rouges et ses murs où tous les pastels côtoient le blanc immaculé et les belles façades carrelées de céramiques, dans le parfum des orangers en fleurs. Je vous mets juste encore quelques photos de petites choses amusantes, étonnantes, poétiques…J’aime Lisbonne.


La porte à côté, c’est l’atelier boutique de Camilla Watson (
Lisbonne monte et descend, on s’y perd, mais jamais longtemps. Un clocher ici ou là fait le guide, et on n’en finit pas de découvrir ces quartiers, Alfama et les bars à fado où hélas, on ne peut plus trouver grand chose de spontané ( mais écoutez : les gens chantent dans les rues, et ils chantent beau et bien ), Mouraria et ses placettes, ses « cantines » savoureuses et populaires, le Bairro Alto, qui est le lieu de vie nocturne de Lisbonne mais qui le jour dort paisiblement derrière les façades pastel, derrière les balcons en fer forgé et le linge – celui qui ferait grand plaisir au brave maire de Béziers – ce linge toujours qui sèche joyeusement aux fenêtres.
En montant au Bairro Alto depuis la gare de Rossio, il faut admirer le vieux – 1905 – et très grand café « A Brasileira », où venait débattre avec ses amis le grand poète lisboète
Absente une petite semaine, histoire de chercher le soleil du printemps un peu plus au Sud, histoire de se détendre un peu après deux ou trois choses pénibles à vivre. Merci à mes deux enfants du cadeau, on vous aime…