« Les livres prennent soin de nous. Pour une bibliothérapie créative »de Régine Detambel – Actes Sud

detambel« Un livre est un engrenage. Prenez garde à ces lignes noires sur du papier blanc; ce sont des forces; elles se combinent, se composent, se décomposent, entrent l’une dans l’autre, pivotent l’une sur l’autre, se dévident, se nouent, s’accouplent, travaillent. Telle ligne mord, telle ligne serre et presse, telle ligne entraîne, telle ligne subjugue. Les idées sont un rouage. Vous vous sentez tiré par le livre. Il ne vous lâchera qu’après avoir donné une façon à votre esprit. Quelquefois les lecteurs sortent du livre tout à fait transformés. »

Victor Hugo, « Proses philosophiques » 1860, cité dans ce livre, page 103

Voici un essai que j’ai enfin lu, après plusieurs recommandations, et voici un livre dont il est difficile de parler sans reformuler ce que dit l’auteure; aussi je me contenterai de vous inviter, vous lectrices et lecteurs compulsifs et affamés, à lire ce petit recueil.

Pour moi, il a confirmé de façon très argumentée tout ce que j’ai toujours pensé de la lecture, de la lecture de fiction en particulier. A savoir que lire peut guérir, ou au minimum aider à se sentir mieux au monde. Bibliothérapie ? Comme l’art – thérapie, elle peut être utilisée auprès des personnes âgées, auprès des personnes en déficience mentale pour les aider à rester sujets de leur vie, à ne pas rester en état de passivité. Régine Detambel, formée à la kinésithérapie et écrivaine, affirme avec force et conviction que les livres ( « les bons livres » précise-t-elle), l’écriture et la lecture, avec leur musique, leur rythme, le grain du papier sous la paume, les livres nous font du bien. Mais qui en doute parmi la petite communauté qui passe de temps à autre sur ce blog ?

read-book-795943__180Je pense avoir déjà dit ici plusieurs fois, au travers de mes articles, ce que m’ont donné et me donnent les livres, les romans en particulier. Outre des voyages immobiles bien loin dans les lieux, les temps, les êtres, outre cela, les livres m’ont donné une compagnie moins silencieuse qu’il n’y paraît – au contraire parfois tapageuse ! – , la lecture m’a sortie de moi-même quand j’en éprouvais besoin ou nécessité pour revenir plus claire et réconciliée. Les livres m’ont fait rire, pleurer, frémir, enrager, froncer les sourcils, sourire ou marmonner, même – très juste, ce que dit Régine Detambel sur l’implication corporelle du lecteur – , j’ai tenu fermé contre moi un roman terminé à regret – « Price »- en caressant la couverture, comme on serre un ami dans nos bras contre nous, parce qu’il s’en va. J’en ai aussi enfermé quelques uns dans des cartons et dans le noir, pour ne plus les voir.

SAM_4447Je termine avec cet extrait, dans lequel je reconnais tout de moi lectrice, et vous affirme que ce livre est bon et beau, la plume est réjouissante, on la sent bien nourrie de belles pages, on est emmené dans cette passion dévorante pour les mots et ceux qui les écrivent, et l’envie immense de faire œuvre de construction de cet amour des livres.

« Les livres ont toujours été accueillants aux exilés. Nous sommes nombreux à avoir usé et abusé de l’hospitalité de la lecture, de son caractère englobant, maternant. Lire est un moyen de résister à l’exclusion, à l’oppression; lire est un moyen de reconquérir une position de sujet, au lieu d’être l’objet moqué du discours des autres.

Lire, c’est mon pays. Rien ne manque quand je lis, le temps disparaît et je ne dépends de personne pour cela. Les histoires réparent, dans un livre on est toujours chez soi. »