Février…

Common_Blackbird_by_Marco_Hebing_mFévrier (Le merle)

 

Un oiseau siffle dans les branches

Et sautille, gai, plein d’espoir,

Sur les herbes, de givre blanches,

En bottes jaunes, en frac noir.

C’est un merle, chanteur crédule,

Ignorant du calendrier,

Qui rêve soleil, et module

L’hymne d’avril en février.

Lustrant son aile qu’il essuie,

L’oiseau persiste en sa chanson ;

Malgré neige, brouillard et pluie,

Il croit à la jeune saison.

Il gronde l’aube paresseuse

De rester au lit si longtemps ;

Et, gourmandant la fleur frileuse,

Met en demeure le printemps.

A la nature il se confie,

Car son instinct pressent la loi.

Qui rit de ta philosophie,

Beau merle, est moins sage que toi !

 

 Théophile Gauthier

crocus neige

 winter

Février

Aux pans du ciel l’hiver drape un nouveau décor ;

Au firmament l’azur de tons roses s’allume ;

Sur nos trottoirs un vent plus doux enfle la plume

Des petits moineaux gris qu’on y retrouve encor.

 

Maint coup sec retentit dans la forêt qui dort ;

Et, dans les ravins creux qui s’emplissent de brume,

Aux franges du brouillard malsain qui nous enrhume

L’Orient plus vermeil met une épingle d’or.

 

Folâtre, et secouant sa clochette argentine,

Le bruyant Carnaval fait sonner sa bottine

Sur le plancher rustique ou le tapis soyeux ;

 

Le spleen chassé s’en va chercher d’autres victimes ;

La gaîté vient s’asseoir à nos cercles intimes…

C’est le mois le plus court : passons-le plus joyeux

 

Louis-Honoré Fréchette

Courage ! Bientôt le printemps !

fleurs neige

Prix Apollinaire 2012 à Valérie Rouzeau

J’ai fait sa connaissance grâce à Hervé Tullet; elle vient de recevoir le prix Apollinaire ( considéré comme le Goncourt de la poésie ) pour son livre « Vrouz » aux éditions de la Table Ronde. Jacques Bonnafé lit Valérie Rouzeau, au printemps des poètes 2011 :

A écouter encore…

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4394911

Vous pouvez lire quelques textes de Valérie Rouzeau sur le site de l’éditeur « Lieux dits  » ainsi que sur le site nommé « Terre de femmes ».

Septembre…

Septembre

 

Septembre ! Septembre !

Cueilleur de fruits, teilleur de chanvre,

Aux clairs matins, aux soirs de sang,

Tu m’apparais

Debout et beau,

Sur l’or des feuilles de la forêt,

Au bord de l’eau.

En ta robe de brume et de soie,

Avec ta chevelure qui rougeoie

D’or, de cuivre, de sang et d’ambre

Septembre !

Avec l’outre de peau obèse,

Qui charge tes épaules et pèse,

Et suinte à ses coutures vermeilles

Où viennent bourdonner les dernières abeilles !

Septembre !

Le vin nouveau fermente et mousse de la tonne

Aux cruches ;

La cave embaume, le grenier ploie ;

La gerbe de l’été cède au cep de l’automne,

La meule luit des olives qu’elle broie.

Toi, Seigneur des pressoirs, des meules et des ruches,

O Septembre ! chanté de toutes les fontaines,

Ecoute la voix du poème.

Le soir est froid,

L’ombre s’allonge de la forêt

Et le soleil descend derrière les grands chênes.

 

Henri de REGNIER

 

Le pain, tout un poème…

Cuisson du pain                                                                                                                

 

Les servantes faisaient le pain pour les dimanches,

Avec le meilleur lait, avec le meilleur grain,

Le front courbé, le coude en pointe hors des manches,

La sueur les mouillant et coulant au pétrin.

Leurs mains, leurs doigts, leur corps entier fumait de hâte,

Leur gorge remuait dans les corsages pleins.

Leurs deux doigts monstrueux pataugeaient dans la pâte

Et la moulaient en ronds comme la chair des seins.

Le bois brûlé se fendillait en braises rouges              

Et deux par deux, du bout d’une planche, les gouges

Dans le ventre des fours engouffraient les pains mous.

Et les flammes, par les gueules s’ouvrant passage,

Comme une meute énorme et chaude de chiens roux,

Sautaient en rugissant leur mordre le visage.

Émile Verhaeren, Les Flamandes

                    

          

L’ode au pain (extrait)

 

Nous irons, couronnés d’épis,
conquérir
terre et pain pour tous,
et alors la vie aussi
aura forme de pain,
elle sera simple et profonde,
                                                                                         innombrable et pure.
tous les êtres auront droit
à la terre et à la vie,
et ainsi sera le pain de demain,
le pain de chaque bouche,
sacré, consacré,
parce qu’il sera le produit
de la plus longue et la plus dure
lutte humaine.
elle n’a pas d’ailes,
la victoire terrestre :
elle a du pain aux épaules,
courageuse elle vole
et libère la terre,
comme une boulangère
que porte le vent

 

                                                                                                    Pablo Neruda

Compagnon : littéralement, la personne avec (cum en latin) qui l’on partage son pain (panis en latin) ; de compagnon vient le mot « copain ».

           La tranche de pain

Un enfant seul,                  

Tout seul avec en main

Une belle tranche de pain.

Un enfant seul

Avec un chien

Qui le regarde comme un dieu

Qui tiendrait dans sa main

La clé du paradis des chiens.

Un enfant seul

Qui mord dans sa tranche de pain,

Et que le monde entier

Observe pour le voir donner

Avec simplicité,

Alors qu’il a très faim,

La moitié de son pain

Bien beurré à son chien.

Maurice Carême

  Le pain, moi, je le mange comme du gâteau, S’IL EST BON !

Regardez et écoutez

 

On a ensuite envie de toucher et croquer ces pains ronds, encore chauds du feu de bois; de s’asseoir en haut de ces collines, dans l’odeur des lavandes et du pain ; et on se dit aussi qu’il va falloir sérieusement réfléchir à ce que nous mangeons.

J’en profite pour vous indiquer à St Georges de Reneins, deux frères, Pascal et Jean-Pierre Rollet, paysans boulangers en bio, au lieu-dit « la Curatte »; vente sur le parking de « L’arum des sables », RN6, face au supermarché Leclerc, du lundi au vendredi de 16h à 20h.

J’ai goûté : dé-li-cieux !!!