« Le chardonneret », Donna Tartt – Pocket, traduit par Edith Soonckindt

CVT_Le-chardonneret_31« Si un tableau se fraie vraiment un chemin jusqu’à ton cœur et change ta façon de voir, de penser et de ressentir, tu ne te dis pas « oh, j’adore cette œuvre parce qu’elle est universelle », « J’adore cette œuvre parce qu’elle parle à toute l’humanité ». Ce n’est pas la raison qui fait aimer une œuvre d’art. C’est plutôt un chuchotement secret provenant des ruelles. Psst, toi, hé gamin, oui, toi. Un bout de doigt qui glisse sur la photo fanée. » 
Cette phrase est belle, n’est-ce pas? Elle dit très justement et en peu de mots comment une œuvre d’art peut nous toucher. En peu de mots, c’est bien là la clé de sa justesse…
J’aurais bien aimé que comme le tableau ce roman se fraie un chemin jusqu’à mon cœur. J’y ai cru. En commençant cette lecture, j’ai été emballée par les  – disons – 500 premières pages ( oui, en poche il y en a 1100…), et plus précisément les 300 premières, les 200 autres étant bien, mais déjà moins enthousiasmantes. Mais quel dommage, vraiment, que Donna Tartt soit ensuite devenue aussi bavarde ! Oh que j’ai trouvé le temps long ! Je me suis accrochée jusqu’au bout, ce qui m’arrive rarement, vous le savez, parce que bien que ce bavardage soit lassant, il y a parfois des fulgurances qui confirment bien que Donna Tartt a du talent. Mais pourquoi ces pages et ces pages de redites, scènes de défonce à n’en plus finir, véritable catalogue de la pharmacopée du drogué. Et puis surtout, l’imbroglio censé tenir lieu de suspense sur la disparition du tableau qui nous perd dans une liste de noms, de personnes et de détails auxquels on ne comprend plus grand chose très vite et qui au final n’apportent rien du tout au récit, mais au contraire l’alourdissent. Ce qui escamote presque totalement la réflexion sur l’art. Et puis j’attendais le retour de l’écriture du début de ce roman, qui avait su créer une atmosphère vraiment superbe, je m’étais attachée à Hobie et à son atelier aux odeurs de bois précieux, à son ambiance d’antre plein de trésors et où s’accomplit un travail d’artiste passionné. J’avais tellement aimé, bien que si triste, la relation tendre de Theo Decker et de sa mère. J’avais trouvé Andy et sa famille attachants, Pippa très jolie et étrange. Et c’est sans méfiance que j’ai continué; j’ai eu tort ! Oui, quel dommage. Je ne raconte rien de l’histoire, qui semble avoir été envisagée comme une parabole sur la vie, sur l’art, et selon moi, ce n’est pas une réussite. Je me suis trop ennuyée, finalement.
chardonneret tableauReste ce « Chardonneret », minuscule et sublime, avec sa discrète chaînette à la patte…Ç’aurait pu être un vrai grand et bon livre, sans tout ce bavardage, comme une démonstration lourdingue. En 600 pages aussi bien écrites que les premières, on aurait eu quelque chose d’agréable et touchant; là, on énerve le lecteur…Enfin moi ce bouquin m’a énervée.
Prix Pulitzer? On était habitués à mieux que ça, et comparer ce livre à du Dickens ou du Tolstoï, faut pas pousser ! Des pavés, j’en ai lu.  Padura, et ses « Hérétiques », Jaume Cabré – ohlala ! « Confiteor » les amis ! quel chef d’œuvre –  et l’inoubliable « Lonesome Dove » de McMurtry.
Mais je m’arrêterai là, ce fut indigeste.
Comme pour d’autres livres encensés par critiques et lecteurs, j’ai lu presse et blogs, et je suis loin d’avoir été la seule à me barber avec ce roman, en particulier chez les blogueurs, qui se moquent un peu du consensus et tant mieux ! Pour exemple : ICI
Petit aparté pour Mary, tu as eu du nez en ne le lisant pas, jeune fille !!!