« Amelio, philosophe solitaire, était, un matin de printemps, assis, avec ses livres, à l’ombre d’une de ses villas, et lisait. Ému du chant des oiseaux dans la campagne, peu à peu il se prit à écouter et à penser, et laissa là sa lecture. Enfin il mit la main à la plume et, dans ce même lieu, il écrivit les choses qui suivent. »
C’est là un petit livret très beau, fin, aux textes brefs d’une infinie poésie. L’auteur ( 1798-1837) en 24 pages et deux textes m’a enchantée avec son regard sur les oiseaux, et le parallèle qu’il fait avec nous, avec les autres espèces animales. Son éloge des oiseaux est si beau, que j’y ai trouvé tout ce que je pense sans hélas savoir en parler aussi bien. Dans la langue subtile et raffinée du 18ème siècle, il nous fait entendre la joie, la finesse qui selon lui fait des oiseaux les animaux les plus expressifs, modulant leurs chants selon le temps qu’il fait, l’heure du jour, ou tout élément extérieur.
Comparant les oiseaux aux êtres humains, y trouvant des similitudes, il donne largement préférence aux oiseaux, source de joie, les oiseaux qui chantent et qui rient.
« Les oiseaux, la plupart du temps, font paraître une grande joie dans leurs mouvements et dans leur extérieur: et cette vertu qu’ils ont de nous égayer par leur vue ne procède pas d’autre chose que de ce que leurs formes et leurs manières, en général, sont telles qu’elle dénotent une aptitude naturelle, une disposition spéciale à éprouver du plaisir et de la joie: et il ne faut pas tenir cette apparence pour vaine et trompeuse. À chaque satisfaction, à chaque contentement qu’ils ont, ils chantent; et plus grandit leur satisfaction ou leur contentement, plus ils mettent de force et de zèle dans leur chant. Et comme ils chantent une bonne partie du temps, il suit de là qu’ordinairement ils sont de belle humeur et en jouissance. »
Mais qu’on ne s’y trompe pas. Il ne s’agit pas ici d’un naturalisme béat, mais d’un prétexte à une réflexion philosophique sombre, qui ramène l’homme à sa réalité la plus brute: la finitude.
Servi par une écriture lumineuse, c’est un texte pessimiste pourtant rempli de beauté et de joie par la grâce des oiseaux et par leur capacité à profiter de la vie, de la chanter, de la conter à nos oreilles dans toutes les nuances de leurs voix. Le second texte, lui, est résolument sombre.
24 pages, il serait idiot d’en dire plus. C’est beau, de l’objet à ce qu’il contient. Lu deux fois et la troisième ne saurait attendre, pour m’en remplir et en prendre le meilleur.
Il ne faut pas s’attendre à une petite histoire bucolique, ce n’est pas du tout le propos.
Le livret est augmenté d’un fascicule d’œuvres d’art représentant des oiseaux.
Je remercie Mathieu pour ce beau cadeau.
J’ai adoré, et mon neveu me connaissant quand même pas mal, la noirceur du propos appuie sur mon penchant de nature pessimiste, mais si bellement que c’en est agréable.
Fin du second texte:
« Un temps viendra où s’éteindront et l’univers et la nature même. Comme ces grands et merveilleux empires, si fameux et d’autres âges, dont les traces et le renom ont péri aujourd’hui, le monde entier, avec les vicissitudes et les malheurs des choses créées, disparaîtra sans laisser de vestiges: un silence nu et un repos profond empliront l’espace immense. Ainsi ce mystère étonnant et effrayant de l’existence universelle, avant d’être éclairci ou entendu, se dissipera et se perdra. »
« Droite et gauche » – Winslow Homer, National Gallery of Art – Washington
BONNE ANNÉE À TOUT LE MONDE !


