« La lumière pleut sur ses yeux fermés, sur son corps allongé au coeur arrêté.
Autour de lui, le dernier jour de la guerre jonche le sol de dépouilles par milliers, déposées à la surface de la neige rouge.Il n’est personne parmi les autres. Ni plus précieux, ni plus important. Mais ailleurs, il pourrait être un père, un frère, un ami ou un mari. Ailleurs, il est tout.
Dans la mort, seuls leurs uniformes les distinguent. Ils étaient ennemis, ils sont désormais allongés côte à côte. Ici, leurs mains se touchent, là, leurs visages éteints se font face.
Voilà tout un hiver qu’ils s’entretuent. »
Je ne vais pas faire un long article, parce que ce roman, absolument remarquable, je ne peux que vous conseiller de le lire et en tous cas moi, je n’ai pas lâché l’histoire terrible ici contée avant de l’avoir finie.
Ce roman extrêmement documenté raconte comment Staline a voulu s’emparer de la Finlande entre 1939 et 1940. Voici David contre Goliath, une Finlande petite, plutôt rurale, pays de neige et de glace durant de longs mois, mais où vivent de très bons tireurs, chasseurs. En particulier un jeune homme nommé Simo Haÿhä, surnommé La mort blanche, devenu une légende. Tireur incomparable, il vise, tire et atteint toujours sa cible, et ce sans broncher. Si je précise ceci, c’est qu’il va jouer un rôle majeur dans cette guerre, il fut un héros national, indéniablement.
« Comme à chaque nouvelle mission, Simo apprenait et se perfectionnait. Deux jours plus tôt, il avait « spotté » un observateur russe, sa position révélée par la vapeur de son souffle, loin de ses lignes, planqué derrière un monticule de neige. Voyant s’élever le petit nuage, Simo avait tiré au jugé, sans même voir sa cible, et de l’autre côté du monticule, le Russe s’était écroulé.
Toute erreur de l’ennemi devenait un enseignement pour le jeune soldat, et depuis, Simo confectionnait de petites boules de neige tassée qu’il mettait dans sa bouche et qu’il laissait fondre afin de ne pas être trahi par les trente-sept degrés de son souffle. »
J’ai rarement lu sur un sujet historique comme celui-ci mais là, à peine débutée ma lecture, je n’ai pas pu la lâcher. Pour plusieurs raisons, la première étant le sujet qui fait penser que l’histoire se répète avec la Russie, toujours avide de conquête à peu près à n’importe quel prix, humain surtout. La seconde c’est l’écriture d’Olivier Norek, précise, délicate, sensible, et évidemment on sent derrière des masses de recherches . Et puis une grande intelligence augmentée de grandes connaissances ( j’ai lu quelques articles de journaleux chicaneurs: sans commentaires ), sans nul doute l’auteur a fouillé son sujet à fond et en rend un récit passionnant, terrible, où l’histoire du monde rejoint celle des gens ordinaires qui ne demandent qu’à vivre paisiblement dans leur pays.
On va assister à ce qui est aussi une guerre d’usure, avec à leur profit la connaissance du territoire, glace, neige, froid, relief, forêts… ainsi les Finlandais, jeunes pour beaucoup, hommes et femmes, vont mener un combat sans faille car ils sont soudés, solidaires, vigilants . Ils endurent tout avec un courage sidérant, une volonté de fer, eux les gens du petit pays contre le géant russe, et si vous lisez ça, vous verrez, c’est admirable. Quant à l’auteur, que dire sinon que son écriture rend un hommage bouleversant aux combattants de ce pays glacé, qu’il nous parle d’histoire en nous glissant dans la peau de ces héros finlandais, d’une ténacité, d’un courage et d’une solidarité inouïs. La fin, sur un champ de bataille silencieux jonché de mort:
« Il faut toujours un premier mort, le voir de ses yeux, pour vraiment croire à la guerre. Et il en faut un dernier pour conclure.
À Kollaa, Yrjö fut celui-ci.Quelques minutes avant 11 heures, il avait affronté un soldat d’infanterie russe, ils avaient tiré tous les deux, et tous les deux s’étaient blessés mortellement.
Puis l’on hurla de joie au silence revenu. Des deux côtés du front.
La lumière se mit à pleuvoir sur les yeux fermés d’Yrjö, sur son corps allongé au cœur arrêté. Autour de lui, le sol était jonché de dépouilles par milliers, déposées à la surface de la neige rouge.
Il n’était personne parmi les autres. Ni plus précieux, ni plus important . »
Oui, j’ai adoré cette lecture, j’y ai appris beaucoup de choses, et puis bon : l’écriture de cet auteur sert si bien cette histoire bouleversante et instructive. Plein de passages sont surprenants – je pense aux pages où, à Paris , Lino Ventura participe à un combat de boxe avec des parieurs pour récolter de l’argent en soutien à l’armée finlandaise.
« Ainsi, au sein de la guerre s’en jouait une autre, faite de fausses informations et de manipulations contre laquelle la Finlande avait imaginé une nouvelle unité: la Brigade Anti-Dépression, aussi nommée Brigade Contre le Mal du pays avec à sa tête l’Officier de la Vérité. De ligne de front en ligne de front, il parcourait la Finlande, donnant aux soldats les dernières nouvelles des villes, démystifiant les rumeurs, coupant la tête aux « on-dit » et parsemant le tout de petites histoires drôles, ce qui n’étonnait personne, car beaucoup connaissaient cet Officier de la Vérité sous un autre nom, celui de « Lapatossu », le clown star du cinéma comique qui avait conquis le coeur des Finlandais depuis près de dix ans. »
J’ai dit que je ne ferai plus d’article aussi développés qu’avant, je tiens parole. Mais je conseille vraiment ce livre remarquable, qui m’a bouleversée souvent, une histoire et des faits qui semblent hélas devoir continuer à persister dans le monde.
Mais avant tout, je suis épatée par l’écriture d’Olivier Norek, ainsi que par la maîtrise de son sujet.
Un très grand plaisir de lecture et beaucoup de choses apprises.
Ceci est un roman.
Cependant, les dialogues proviennent d’archives ou ont été transmis par des passionnés, des militaires et des historiens.
Aucun fait d’armes n’a été inventé, ni aucune anecdote.Aucun acte de bravoure n’a été exagéré.
Si ces événements ont bien un siècle, ils nous renvoient à l’Histoire actuelle et nous mettent en garde.
La guerre survient souvent par surprise, et il faut toujours un premier mort sur notre sol pour y croire vraiment. »Hymne national finlandais:




