« Meurtres sur la Madison » – Keith McCafferty – Gallmeister/Americana, traduit par Janique Jouin-de Laurens

« C’est le guide de pêche connu sous le nom de Rainbow Sam qui découvrit le corps. Ou, plutôt, le client qui lançait depuis la proue de son bateau, travaillant une Girdle Bug devant un amas de rondins qui séparait en deux le courant de la Madison River. Quand l’indicateur de touche s’enfonça sous la surface, Sam grimaça, supposant que la soie s’était accrochée quelque part. Le client, dont la plus grosse truite était de la taille d’une petite saucisse, se cambra pour ferrer un tarpon.

Le corps immergé sous le bois flotté se libéra de son attache, remonta soudain à la surface et se mit à flotter à plat ventre, l’hameçon enfoncé dans l’entrejambe de ses waders. »

Premier roman de cet auteur et retour vers l’Amérique, ici le Montana, les rivières, la pêche à la mouche…Un livre distrayant, facile à lire et à comprendre, avec une intrigue habilement tissée, bien amenée, bien déroulée.

Ce sera le début d’une série, et si j’ai trouvé agréable ce premier volume j’espère voir dans les suivants creuser un peu les personnages principaux, peut-être aérer un peu le récit, parfois dense sur les techniques de pêche et tout ce qui va autour. C’est un peu comme le base-ball dans de si nombreux romans américains, si on ne sait pas comment ça marche, ça reste un peu obscur. Reste que j’ai aimé les deux personnages principaux, Sean Stranahan, ex-détective devenu peintre, et surtout Martha Ettinger, shérif de son état. Elle, elle mérite vraiment d’être approfondie, car ce qui en apparaît ici est très séduisant – d’où une certaine frustration et une grosse envie de mieux la connaître ! -.

« Trente-sept ans, se dit-elle, et la marque de chacun de ces jours exposée à la face du monde. Martha Ettinger avait un visage rond sauvé de la banalité par des yeux bleus qui semblaient éclairés de l’intérieur; quand elle souriait, ce qu’elle ne faisait pas en se regardant dans le miroir, son visage rayonnait. »

L’autre personnage important de ce livre, c’est Rainbow Sam, guide de pêche, cette pêche à la mouche, « big business » du Montana. Qui comme tout business se prête à des choses peu claires – carrément louches, on peut le dire – et qui sont ici à la source de l’intrigue.

Sam donc va découvrir le cadavre d’un jeune homme inconnu des lieux, une Royal Wulff plantée dans la lèvre.

« Rainbow Sam gravit le talus escarpé. Pendant une courte seconde, il embrassa du regard les environs, la rivière qui réfléchissait les nuages du soir lavande et le mauve plus foncé des montagnes, le courant filant entre les berges bordées d’églantiers.C’était en partie ce qui attirait des pêcheurs du monde entier vers la Madison […] Et il y avait les truites, avec leurs rayures couleur rubis et leurs flancs luisants, aussi dures que du métal, les plus parfaites des créations de Dieu.

Bon, se dit Sam, ce pauvre bougre a pêché sa dernière. »

Alors va commencer cette enquête tortueuse, durant laquelle Sean tombera amoureux de la belle et mystérieuse Velvet Lafayette qui lui confie une enquête. Martha travaille avec son adjoint Walt et occasionnellement avec le pisteur blackfeet Harold Little Feather – intéressant personnage lui aussi – qui assiste la police pour lire les traces et empreintes et interpréter ainsi des scènes de crime.

« Little Feather s’accroupit dos au soleil, tendit la main vers le couteau enfoncé dans le fourreau de sa ceinture, le tint, étincelant, et traça le contour d’une empreinte de botte avec le bout de la lame en acier.

-Grand type, dit Martha.

Elle sentit sa peau frémir tandis que la base des poils de son avant-bras se dressait sous l’effet de la bise. »

Assez vite on va voir se profiler le « big business » en question autour d’une maladie qui atteint les truites arc-en-ciel de la Madison – et potentiellement des autres rivières, la maladie du tournis. Très belles scènes de nature, comme celle-ci:

« Une fois libérée, la fario s’installa au fond, dans trente centimètres d’eau, ses ouïes se gonflant pendant qu’elle reprenait des forces. Stranahan s’assit sur la berge en la regardant. Vingt pouces, se dit-il. Peut-être plus. Le crépuscule ressemblait à une traînée couleur ambre à l’horizon; la rivière scintillait dans la lumière déclinante. Dans quelques minutes, le brillant de la surface s’estomperait, la mélodie changeante du courant glisserait vers des notes graves et la nuit sauvage protesterait contre de nouvelles intrusions humaines. »

Ainsi de page en page, on va se trouver dans ce  décor grandiose de montagnes et de rivières; il y aura un canoë rouge, de belles prises, des waders et des float tube, Sam sera blessé et appréciera à sa manière la peinture de Sean

« Nan, j’aime bien votre peinture; je ne plaisantais pas, malgré l’absence de miches et de nichons. »

L’autre victime de ce roman, c’est la truite et son milieu naturel mais je vous laisse découvrir ça par vous-même. Un agréable moment de lecture, quelques frustrations aussi, mais je parie fort que l’auteur saura satisfaire l’envie suscitée de mieux connaître Martha surtout et Sean.

J’ai beaucoup aimé lire à la fin la note de l’auteur et ses remerciements, pleins d’humour, pleins aussi d’une belle humilité, ce qui le rend très sympathique.

Velvet Lafayette, chanteuse selon la serveuse Doris

« C’est un vrai petit chou, ceci dit, si tu aimes le rouge à lèvres rouge et les femmes à longues jambes. Et une bonne chanteuse. Trop bonne pour être honnête, si tu veux mon avis.( Elle pinça les lèvres.) Une vraie croyante comme moi a du nez pour reconnaître ce genre de femme. Je pourrais la résumer en un mot. (Elle marque un temps d’arrêt.). Ennuis. E-N-N-U-I-S. »

  Velvet se met au piano au Cottonwood Inn et entonne « Wayfaring stranger », ici interprétée sans piano par Nako Case, à Austin, Texas

12 réflexions au sujet de « « Meurtres sur la Madison » – Keith McCafferty – Gallmeister/Americana, traduit par Janique Jouin-de Laurens »

    • Lecture détente, c’est certain; après, les scènes de pêche, personnellement ça ne me gêne pas, et ici, elles sont le plus souvent un élément de l’action, elles débouchent sur un fait qui va compter pour l’intrigue. Et puis ça donne lieu à des scènes visuelles assez réussies sur les paysages. C’est tout de même quelque chose qui fait partie intégrante de la vie de cet état. c’est comme si on supprimait les scènes de pêche de « et au milieu coule une rivière », tu vois ? Alors bonne lecture !

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      • Soyons honnête, l’histoire est bien moins intense. Il manque encore un peu de profondeur chez les personnages, qui sont plus lisses que dans « Et au milieu coule une rivière », mais j’espère que ça va évoluer dans les prochains. Mais bon pour le moment pas aussi puissant. Mais délassant

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  1. Encore un livre qui me plaira! Mais ma liste est tellement longue, enfin, mes listes! J’ai la liste « bibliothèque » avec des livres qu’ils ont commandés suite à mes suggestions dont un de Peter Fromm ( qui aurait bien pu me donner un folle envie de le lire :-)? ), ma liste « Gaillmeister » sur laquelle figurait ce livre ( qui me tente encore plus après avoir lu ta chronique ), « Une histoire de loups » de Fridlund que je termine et « Idaho » de Ruskovich qui est dans ma bibliothèque depuis bien trop longtemps avec un Jim Harrison et un Laura Kasischke, et enfin, la liste de d’un label indépendant qui propose des livres de nouveaux talents comme le merveilleux « Marlena » de Julie Buntin que j’ai dévoré!

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  2. Wivine fait plein de listes, moi j’ai abandonné la mienne, elle me désespérait ! Je continue à lire ce qui me tombe sous la main. En ce moment, c’est James Joyce (z’avez qu’à voir si je suis loin) mais j’y prends beaucoup de plaisir aussi …
    Cela ne m’empêche de continuer à lire avec assiduité tes chroniques, qui continuent à me transporter dans tous ces horizons si multiples, si riches, et si bien décrits !

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    • Mais c’est bien, tu as raison ! Avec la lecture comme avec le reste, faire et vivre les choses comme on le veut. La vie est courte ! Alors prendre ainsi son temps,ne pas se sentir obligé de quoi que ce soit…La vie quotidienne nous impose déjà tant de contraintes

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    • Ce ne sont pas des listes avec des livres que je « dois » lire mais que j’aimerais lire! Malheureusement, je n’aurai jamais assez de temps alors, moi aussi, je prends le premier livre qui me tente beaucoup et qui est disponible! Lire est un plaisir, une passion! Si c’est pour « bêtement « avaler un tas de bouquins sans même en profiter, ce n’est pas la peine! Le livre que je li en ce moment est tellement beau qu’il m’arrive de lire plusieurs fois les mêmes passages!

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