« La baleine et le berger » – Olivier TRUC -musée des Confluences, éditions Cambourakis

« Pour Juni

Le col de San Bastiano

À 15 ans, Ulivieru Romanetti se considérait comme un berger expérimenté. Il pouvait nommer chacune des soixante-dix-neuf chèvres de son troupeau. Du troupeau de son oncle. mais c’est quand même lui qu’on chargeait d’ emmener les bêtes dès avant le lever du soleil, de la bergerie du village de Sunnaleddu jusqu’au col de San Sebastiano, à trois heures de là. Depuis le col, on apercevait la er Méditerranée, mais Ulivieru s’arrêtait toujours juste avant, à mi-pente.

Son oncle le lui avait bien dit: un Romanetti n’a rien à faire de cette mer. Il disait ce mot d’un ton plein de dégoût. Et il ajoutait toujours: le royaume des Romanetti, c’est la montagne! La mer appartenait à ceux de la côte. »

C’est toujours avec joie que je reçois ces courts textes édités avec le Musée des Confluences à Lyon, et je remercie infiniment Adélaïde Fabre de me les adresser. Cet opus est imaginé par Olivier Truc, que je découvre ici aussi brillant dans le court que dans le roman. 

C’est en Corse que l’auteur nous emmène, en compagnie d’Ulivieru, gamin chargé par son oncle acariâtre de s’occuper des chèvres, qui vadrouillent un peu partout. Ce qui va l’emmener sur une plage où un énorme animal est échoué, mort. C’est une baleine. Le garçon en reste très ému, très surpris – une « chose » aussi rare…- d’autant qu’un jeune corps est visible sous la masse échouée.

« Ulivieru avait été pris d’une grande tristesse. puis de stupeur: la corde du harpon était enroulée, ou nouée, autour du garçon. Tout s’était bousculé dans sa tête. Avant, il avait été triste. Là, il s’était mis à pleurer, sans savoir pourquoi. Il pleurait toujours quand il avait recouvert le garçon de sable, pour le protéger des oiseaux, et il pleurait encore en remontant chercher le troupeau. »

L’appât du gain va en tarauder quelques uns car les fanons de la baleine peuvent se vendre très cher, mais ce qui va frapper bien plus Ulivieru, c’est le corps entraperçu sous l’animal échoué et qu’il veut délivrer, et puis tenter de comprendre qui il était et ce qui l’a conduit à sa mort.
Un oncle méchant, un instituteur consciencieux et un garçon qui découvre un animal si étrange en ce lieu, ainsi que ce jeune corps d’un garçon qui pourrait être lui, des destins tragiques que l’enfant ressent très fort. Alors il va vouloir libérer ce garçon mort et lui donner une sépulture. Imaginez, la Corse du XIX ème siècle, si isolée, et cet homme dur, l’oncle, et enfin ce jeune garçon, sensible, qui ressent si fort cet enfant mort comme son semblable. Courageux Ulivieru, aidé par son amie Maddalena, fine, intelligente, et par l’instituteur, autorité respectée s’il en est à cette époque, Ulivieru délivrera le corps du garçon et lui offrira une sépulture.

« Il arriva près de la baleine. Il posa sa main sur elle, la caressa longuement. Sa peau était tiède, rugueuse par endroits, douce parfois. Et elle, quel avait été son destin? Était-elle chèvre ou chevrette? Avait-elle souffert? Avait-elle réalisé qu’elle emmenait à la mort ce pauvre matelot? Avait-elle crié, supplié? Ou bien était-ce elle qui avait crié et supplié pour qu’il lui enlève le harpon qui fouillait ses chairs? Étaient-ils morts au même moment? Et cette question qui l’obsédait de plus en plus: qui avait causé leur mort? Qui les avait réunis dans le drame? Qui les avait condamnés? »

C’est un livre court mais absolument parfait, complet, délicat et très émouvant. Olivier Truc a dévoilé là un talent dans le court, éblouissant. Au point d’avoir envie que ce récit se poursuive, remonte à la naissance de la baleine, à celle du pauvre enfant écrasé.La dernière phrase :

 » Si vous saviez…dit Maddalena. Une baleine grosse comme elle, ça en raconte, des histoires, si on sait l’écouter… »

Une fin parfaite. Je suis enchantée au sens propre du terme.

https://www.franceinfo.fr/culture/musique/jazz/a-lyon-la-baleine-de-l-039-ancien-museum-d-039-histoire-naturelle-s-039-installe-au-musee-des-confluences_3293769.html#:~:text=Les%20Lyonnais%20ont%20retrouv%C3%A9%20leur,dans%20le%20Mus%C3%A9e%20des%20Confluences.

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