« Un seul oeil » – Michèle Pedinielli, éditions de L’Aube/ Noire

Comme une idiote, j’ai commencé à lire Michèle Pédinielli avec le troisième de la « série  » mettant en scène la terrible et merveilleuse Diou, de son vrai nom Ghjulia Boccanera , à savoir: « La patience de l’immortelle ». J‘ai rectifié le tir, j’ai acheté et lu les trois précédents, « Après les chiens » , « Sans collier » et « La patience de l’immortelle », et me voici aujourd’hui après la lecture du 5ème, « Un seul œil ». Alors j’ai repris le fil comme il faut et voici le 5ème qui nous emmène dans Nice soumise à des travaux infernaux qui bouleversent la vie de la ville. Elle n’aime pas ça, Diou, qu’on bouscule sa ville. Elle n’aime pas non plus qu’on la bouscule et qu’on bouscule – voire pire – les gens qu’elle aime. C’est raté dans cet épisode, avec Dan dans le coma, Diou décide de mener l’enquête. J’ai adoré le premier livre, je dois le dire, et Diou, cette détective pas dans les clous côté normes, tellement drôle, mais aussi tellement plus sensible qu’elle ne le montre, je l’adore, Diou ! Elle est au fond tendre, tolérante, drôle, pleine de qualités humaines nécessaires voire indispensables pour faire son métier, néanmoins elle ne supporte pas les fachos, les méchants, les tristes sires, il ne faut pas la lui faire à l’envers ! La ténacité, la perspicacité, ce qu’il faut de colère en font une fausse dure, une vraie têtue. C’est donc de ce dernier livre dont je vais vous parler, « Un seul œil ». Souvent très touchant, car il met à mal Dan, et Jo.

« Jo vit derrière l’église Notre-Dame-Des-Grâces, que tout le monde appelle l’église du Vœu. On n’a jamais vraiment réussi à s’éloigner l’un de l’autre, dix minutes à pied de porte à porte, et encore quand tu as mal au genou. Mais quand même, il a choisi l’autre côté du Paillon pour s’installer. Avec Alexa. »

Dan victime d’un « accident » est dans le coma sur un lit d’hôpital, quant à Jo, il vient de perdre la femme qu’il aimait, Alexa, morte assassinée. Même pour une dure à cuire comme Diou, ça fait beaucoup. De nombreuses pages sont celles où Jo parle d’Alexa, alternant avec Diou au chevet de Dan. La voix de Diou laisse place au récit de Dan qui conte ses amours homosexuelles, aussi bouleversantes que violentes. Ghjulia, au milieu de tout ça, trouvera un peu de bonne humeur, de rire, chez ses copines Romy, Baptistine, Esme, tellement du sud mais tellement à l’ouest aussi ! Ces scènes révèlent le talent de Michèle Pedinielli, capable de nous jouer des tragi-comédies rythmées, alternant scènes hyper émouvantes – quand Dan raconte son histoire atroce avec William, une erreur amoureuse, puis des scènes cocasses ( Diou qui doit se saper classe et qui demande de l’aide à ses copines…) ou d’autres bien plus sombres.

Scène drôle: Chez Romy, la coiffeuse:

« Je n’ai pas le temps de lui demander comment va la famille – sa mère, sa sœur -qu’elle se lance dans sa principale actualité du jour.

« Putain, mais tu y crois, toi, que l’autre con qui travaille pour la mairie, juste à côté, il a été livré de ses paquets et moi toujours pas? Oh, mais quoi, il faut tailler des pipes par botte de douze pour avoir son colis, maintenant? »

Moi j’en connais qui gobent les somnifères par poignées de six.

« Et quand tu essaies de les avoir au téléphone, tu tombes sur une plate-forme à l’autre bout du monde, les pauvres, c’est pas leur faute, mais qu’est-ce qu’ils y connaissent à ma rue et qu’est-ce qu’ils s’en foutent de mes teintures? « 

Michèle Pedinielli sait toujours maintenir un bel équilibre avec une trame où l’humanité de Ghjulia, sa fidélité, sa loyauté s’affirment avec force dans les amitiés et les amours, et puis le pan enquête, tissé au reste. Enfin il y a la vie: la vie, la ville, toute cette vie humaine, et animale – ne pas oublier la chienne Mila, celle de Mme Fiorelli qui, partie à l’hôpital, a laissé la petite chienne aux bons soins de Ghjulia. Enfin ici se découvre la vie de Nice et de son peuple . Que dire si ce n’est que c’est un régal à lire, pas une nanoseconde d’ennui. Et je n’oublie pas cette surprise magnifique , la visite formidable du commissaire Soneri  (de Valerio Varesi ), et ça c’est chouette ! Je sors de ce livre enchantée par Diou et son tempérament génial, une nana à l’esprit large et au grand cœur – comme il en manque encore trop. Et un dénouement qui m’a soulagée. Diou, de ces personnages qui s’incrustent dans notre vie, et qu’on retrouve comme une vieille copine – ancienne, hein, pour vieille ! – . Je conseille vivement.

Michèle Pedinielli, à consommer sans modération ! Une fin si émouvante, si pleine d’amour, Diou, Ghjulia, la tendre dure.

« Ma main dans tes boucles brunes, sensation terriblement douce. Ils ont enlevé le strip de ta paupière. J’approche ma bouche de ta joue et je te dis comme un souffle, Dan, c’est moi, tout va bien, je suis là. Les mots que tout le monde murmure aux aimés, aux parents, aux enfants qui souffrent.

Tout va bien, je suis là.

      Quatre fois

      Cinq fois

Tout va bien

      Six fois

Je suis là.

      Sept fois

Tu ouvres un œil.

Un seul œil.

C’est suffisant, 

Carthage n’est pas tombée. »

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