« S63 » – Jean-Bernard Pouy – éditions Invenit/Musée des Confluences

« L’un des musts dominicaux est, depuis quelques années, et ça un peu partout dans l’Hexagone, la braderie, la brocante et le vide-grenier. Si l’on ne fait pas gaffe, ce genre d’événement non seulement peut vous entraîner dans cette sorte de léthargie dégoûtante qu’est l’ennui profond, mais peut aussi vous rendre méchant, très méchant. Se promener entre des tas de saletés invendables, des machines à coudre du XVe siècle et des cafetières en émail toutes pourries peut devenir une torture. Bon, je sais que la mauvaise humeur peut efficacement vaincre l’ennui, mais ce n’est pas très agréable pour l’entourage. »

Voici pour moi la seconde lecture dans cette jolie collection d’une maison d’éditions de très grande qualité. De cet éditeur, j’ai à la maison « Babel », exposition vue à Lille et qui m’avait enthousiasmée et j’ai lu « L’enfant fossile » de Philippe Forest dans ces récits d’objets, un très beau texte lu en format numérique; je n’ai pas écrit à son sujet, mais ça se fera bien un jour. L’idée de cette collection, en partenariat avec le musée des Confluences:

 

Jean-Bernard Pouy, auteur si connu que je ne vous ferai pas l’affront de vous le présenter, se prête ici au jeu. J’ai retrouvé tout ce qui fait le charme de ses livres noirs, gris et autres. Humour, bougonnerie de première, imagination débordante, et un pied de nez au sérieux très rafraîchissant. On rencontre évidemment une profonde culture, de vrais savoirs et ainsi entrons nous dans sa résidence bretonne, où il se rend avec son épouse.

Ce livre est si court – 75 pages aérées, c’est un récit – qu’il me faut juste vous en faire un aperçu, vous donner envie, parce que c’est comme une friandise ce genre de petite  histoire.

Tout d’abord, le S63 est un téléphone, le S c’est Socotel qui le fabriqua et 63 pour 1963 l’année de sa mise sur le marché. Téléphone plein de nouveautés, bref, le top du moment.

Alors, résumons : lors d’une brocante à Poulganec, le fouineur ne peut résister à une petite toile qui va le mener vers une aventure inédite, d’expertise en supposition, ce petit tableau aurait une certaine valeur, voire une valeur certaine… Mais alors mais alors? Qu’est ce que le S63 vient faire dans cette histoire, hein ? Ah eh bien il surgit inopinément, renversant tous les pronostics des experts. Il ressort du garage et du carton où il était conservé, mais pas que…

« J’ai recouvert le tableau avec une toile épaisse et je l’ai planqué dans un tas de ringardises à base de fleurs. Ce n’était pas le moment que quelqu’un d’autre voie ça, soit confronté à cette absurdité.

En même temps, j’étais soulagé. »…

 

Présent dans les collections du Musée des Confluences, c’est lui que Jean-Bernard Pouy a choisi pour son Récit d’objet, le S63, et il a bien fait, parce que j’ai beaucoup aimé cette lecture, j’ai beaucoup ri, tout n’est pas drôle, mais tout est impeccable et intelligent, et fin. J’ai aussi appris deux ou trois choses très intéressantes sur l’art et sur le téléphone.Téléphone pas loin de rendre fou notre homme.

« Dans le même ordre d’idée, j’ai toujours cru que répondre au téléphone, c’était dangereux et toujours pour apprendre une mauvaise nouvelle. Sauf il y a peu, quand je me suis jeté sur mon S63, en plus même pas connecté, pour ne rien entendre, bien évidemment. Pas de boîte vocale à l’autre bout, ferme ta boîte à camembert, tu l’ouvriras pour le dessert.

Ne pas se fier aux apparences. »

Et ça suffira comme ça, procurez vous ce joli petit livre et lisez-le !

« J’avais les jambes qui tremblaient. Je me suis assis sur une banquette installée au milieu de la grande salle. Pas de panique, ça n’allait pas durer. Déjà, depuis le temps honni de ma jeunesse, j’avais toujours craint les musées, que je visitais, étreint par une terreur intense. Les parents devraient réfléchir à deux fois et tourner sept fois leur dentier dans leur bouche avant d’emmener la chair de leur chair, le squelette de leur squelette, dans ces horribles morgues surpeuplées de fantômes.[…] Et Saturne, le vieillard lubrique de Goya, qui déguste monstrueusement ses enfants, ces mêmes enfants que les parents traînent dans les musées en dévorant leur mental de la même manière. »

2 réflexions au sujet de « « S63 » – Jean-Bernard Pouy – éditions Invenit/Musée des Confluences »

  1. Pas lu celui-ci, pourtant j’en ai lu pas mal de JB Pouy, mais il écrit beaucoup. Par contre, dans la même collection, j’ai lu celui de Marc Villard autre très bon auteur de noir

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